Alain Finkielkraut

« La haine du noir, c’est la haine de celui dont on pense qu’il n’est rien, qu’il n’est absolument rien, qu’il n’y a rien dans son passé ni dans son présent dont il puisse se prévaloir. » Alain Finkielkraut, 28 novembre 2005

Alain Finkielkraut est un essayiste français qui a jalonné son parcours en faisant état de ses origines juives polonaises. Le père d’Alain Finkielkraut, maroquinier de son état, a été en effet déporté comme juif étranger pendant la Guerre et n’a échappé que de peu à une mort atroce.

Par la suite, Finkielkraut fils, né en 1949 et naturalisé français peu après, a été marqué par son échec à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (où il se présenta en 1968) et son incapacité à obtenir les diplômes de philosophie. Il est agrégé de Lettres modernes après une admission en 1969 à l’École normale supérieure de Saint-Cloud (un parcours réputé moins sélectif).

Finkielkraut a su très tôt échapper à la carrière – trop modeste sans doute – de professeur de français en banlieue, pour s’autoproclamer « philosophe » et passer pour un « penseur », grâce à un réseau de journalistes de droite.

Des propos qui, selon certains détracteurs, se limiteraient à des jongleries verbales superficielles et ampoulées, badigeonnées d’un vernis prétentieux.

Il est vrai que la »pensée » de Finkielkraut se résume souvent à des formules s’avèrent simplistes et racoleuses. Rien à voir avec une démarche philosophique honnête. Ses livres ont eu cependant pour fonction de banaliser en France l’idéologie raciste des néo-conservateurs américains.

Finkielkraut s’est autoproclamé porte-parole des juifs de France alors que la plupart des Français qui s’affirment comme « juifs » ne se sentent pas particulièrement concernés par la pensée de cet homme dont l’engagement a consisté surtout  a collectionner prébendes et sinécures : un poste d’enseignement de la « philosophie » (en réalité culture générale) à Polytechnique (alors qu’il avait simulé la folie pour éviter d’accomplir son service militaire), une tribune à France Culture, un tapis rouge chez les éditeurs, enfin l’Académie française.

Finkielkraut semble obéir à un besoin insatiable de reconnaissance.

Au début des années 2000, l’aspect réactionnaire des propos de Finkielkraut qui pourraient prêter à rire (d’autant que cet essayiste – régulièrement entarté et enfariné – n’a aucun humour) a pris un tour ouvertement raciste, anti islamiste et négrophobe. Toujours en parfaite impunité, Finkiellraut brandissant la flétrissure de la haine du juif pour impressionner d’éventuels contradicteurs.

Ainsi a-t-il traité l’écrivain Claude Ribbe, qui venait d’écrire un livre dénonçant Napoléon comme raciste et esclavagiste, de « normalien noir » tout en reprochant à son ouvrage, Le Crime de Napoléon, de dire que « les juifs occuperaient indûment la place de la victime » (une affirmation dénuée de tout fondement) et d’avoir « fait de Napoléon l’inventeur des chambres à gaz » (ce qui est pourtant un fait historique avéré et rapporté notamment par Schoelcher dans sa Vie de Toussaint Louverture).

En 2005, anticipant sur des propos analogues qui vaudraient à Georges Frêche , deux ans plus tard, son exclusion du parti socialiste, Finkielkraut s’est plaint dans  les colonnes d’un journal israélien de la couleur de peau des joueurs de football de l’équipe de France.

Sa déclaration fut la suivante :

« Les gens disent que l’équipe nationale française est admirée par tous parce qu’elle est black-blanc-beur. En fait, l’équipe de France est aujourd’hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe.  »

Cela n’a suscité aucune poursuite et les critiques sont restées discrètes.

Finkielkraut s’en est également pris aux jeunes émeutiers des banlieues à la fin de l’année 2005. Il a réduit ces événements à la couleur de peau et à la religion des protestataires dont il a dénoncé la prétendue « férocité », les assimilant à des bêtes.

Le 28 novembre 2005, invité des matins de France Culture par Nicolas Demorand, il révélait le fond d’une pensée méchante :

« La haine du noir, c’est la haine de celui dont on pense qu’il n’est rien, qu’il n’est absolument rien, qu’il n’y a rien dans son passé ni dans son présent dont il puisse se prévaloir. »

Le journaliste et écrivain Emmanuel Todd fut l’un des rares qui s’indignèrent :

« Jamais en France, on n’eût toléré que des émeutiers soient caractérisés par la couleur de leur peau, si ce blasphème anti-républicain n’avait été le fait d’un intellectuel juif, auquel la sacralisation de la Shoah garantit une protection plus sûre que le passé colonial aux jeunes de banlieue. Dans cet entretien comme ailleurs, il a proposé une lecture ethnicisée et raciale des émeutes de banlieue. »

Finkielkraut porte une responsabilité pour avoir banalisé en France au début du XXIe siècle un discours raciste et islamophobe qui alimente la pensée de l’extrême droite et de la droite extrême.

Cette attitude n’a pas empêché Finkielkraut d’être promu officier de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy (après avoir été nommé chevalier en 1994 lorsque Jacques Chirac était Premier ministre).

Le 13 mars 2014, Alain Finkielkraut, pour couronner sa carrière, a sollicité son entrée à l’Académie française. Malgré la résistance de certains académiciens, il a été élu le 10 avril suivant, ce qui témoigne du du dévoiement complet d’une institution officielle qui, même si elle a été créée par l’esclavagiste Richelieu, colonisateur des Antilles, n’a pas pour vocation d’encourager le racisme et la haine.

Faut-il rappeler que l’Académie – où il n’y a pas que Carrère d’Encausse de raciste- eut dans ses rangs des personnalités antisémites et pro-nazies telles que Maurras, Bonnard, Hermant, ou le maréchal Pétain. L’institution s’était tellement compromise pendant l’Occupation allemande que le Comité national des écrivains, à la Libération, avait demandé sa suppression pure et simple, ce que De Gaulle avait failli accorder. Ce passé, à l’évidence, ne dérange guère Finkielkraut.

L’Académie française n’a jamais admis d’Afro-descendant français, à l’exception d’Alexandre Dumas fils. Le Canadien d’origine haïtienne Dany Laferrière a été accueilli en septembre 2013. Le franco-sénégalais Senghor se glorifia d’y avoir été admis, ce qui n’étonnera guère.

En revanche, aucun Afro-descendant originaire des colonies esclavagistes de la France n’a jamais été admis à l’Académie, ni même n’a songé à s’y présenter.

 

 

 

 

 

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3 Contributions

  1. Ismael Abdillahi dit :

    Très bel article, vraiment! C est bien de montrer la vraie nature du dernier des cuistres.

  2. Issam dit :

    Une citation de Pierre Bourdieu

    PAUVRES BLANCS
    (de la culture)
    « Le problème que je pose en permanence est celui de savoir comment faire entrer dans le débat public cette communauté de savants qui a des choses à dire sur la question arabe, sur les banlieues, le foulard islamique… Car qui parle (dans les médias) ? Ce sont des sous-philosophes qui ont pour toute compétence de vagues lectures de vagues textes, des gens comme Alain Finkielkraut. J’appelle ça les pauvres Blancs de la culture. Ce sont des demi-savants pas très cultivés qui se font les défenseurs d’une culture qu’ils n’ont pas, pour marquer la différence d’avec ceux qui l’ont encore moins qu’eux. […] Actuellement, un des grands obstacles à la connaissance du monde social, ce sont eux. Ils participent à la construction de fantasmes sociaux qui font écran entre une société et sa propre vérité. »

    http://www.homme-moderne.org/societe/socio/bourdieu/lexique/p/pauvresblancs.html

  3. Sayoud dit :

    Merci ! Très bel article. C’est bien de rafraîchir la mémoire de certaines personnes. Alain Finkielkraut : un sinistre individu, dangereux pour la République.

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