Exhibit B : un zoo humain sud-africain travesti en « performance » artistique

En 2014, sous un prétexte artistique, le metteur en scène et designer sud-africain Brett Bailey a exploité avec l’hypocrisie convenue le voyeurisme raciste et négrophobe qui attirait les foules occidentales dans les zoos humains au début du XXe siècle.

Plus que fortement « inspirée » par la pièce de l’Afro-Américain George Wolfe « Le musée de couleur » (1986), l’idée d’Exhibit B était simple : monter une « performance » dont le but déclaré serait de combattre le racisme, mais dont la finalité réelle est bien de l’entretenir en réduisant tout Africain ou tout Afro-descendant aux tourments imposés par les Européens au continent africain depuis sept siècles.

Dans les villes où sa « performance » était montée, Bailey embauchait des « figurants » africains ou afro-descendants pour se donner en spectacle comme victimes.

Telle fut la nouvelle formule du zoo humain.

Il y avait, de la part de Bailey, une jouissance perverse, incontestablement raciste, et bien évidemment sadique, à mettre en scène, pour le plaisir des Européens, des tortures visant uniquement des Africains et des Afro-descendants en se servant d’Africains et Afro-descendants réels mis en cage, enchaînés, ligotés, ficelés.

Une forme d’ « art » où s’était déjà tristement illustrée Dasha Zukhova la maîtresse d’un oligarque russe, au début de l’année 2014.

Le public visé par Bailey était un public européen. Les Africains et Afro-descendants étant les instruments de sa « communication ».

Pour le plaisir des « blancs », on a montré des « noirs » qui souffrent et qui sont humiliés. Et c’était gratuit pour les moins de 15 ans.

Le zoo humain de Bailey, dont l’installation avait été prévue à Londres en septembre 2014, avait été annulé, grâce à la mobilisation des Afro-descendants britanniques, soutenus par les plus grands syndicats.

Mais Exhibit B était programmé en France dans deux théâtres subventionnés par l’argent public et dont les directeurs sont nommés par l’ État ou les édiles municipaux : au théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis, dirigé par Jean Bellorini du 27 au 30 novembre 2014 et en au 104 de Paris du 7 au 14 décembre.

Exhibit B St Denis 27 nov

Jouissance sadique. Il est bien incontestable que dans une France ravagée par le racisme, où le viol d’un « négresse » n’est tout au plus qu’un « troussage de domestique », cette programmation visait à célébrer dignement le bicentenaire de la mort de Sade (2 décembre 1814) et que ce zoo humain reconstitué faisait pendant à une exposition officielle organisée au musée d’Orsay.

Sauf que Sade, sauf erreur, n’a jamais exalté le plaisir raciste qui faisait pourtant fureur à son époque dans ces colonies bien françaises où l’on s’amusait à sodomiser les esclaves avec de la poudre à canon.

La ville de Saint-Denis, chef lieu d’un département largement peuplé d’Afro-descendants, s’est prêtée, apparemment, à ce scandale, et la nouvelle municipalité parisienne, qui refusait le 1er octobre 2014 de prendre à sa charge une mission de préfiguration d’un centre Dumas, destiné à mettre en valeur l’apport des Africains et des Afro-descendants à la ville de Paris, n’a pas refusé d’accueillir une exposition négrophobe dans un théâtre subventionné par la municipalité où, de surcroît, il semble qu’aucun Afro-descendant n’a de réelle possibilité de monter un spectacle quelconque depuis la nomination d’un nouveau directeur, en 2010.

Une pétition a été mise en ligne pour s’opposer à l’installation d’Exhibit B en France.

Elle a recueilli 20 000 signatures. À l’appel d’un collectif animé notamment par le militant du Front de gauche John Mullen et la chanteuse Bam’s, avec le soutien de l’écrivain Claude Ribbe , plusieurs centaines de manifestants se sont massés devant le théâtre Gérard-Philipe de Saint-Denis le 27 novembre dès 18 h et ont obtenu l’annulation de la première de ce spectacle peu après 20 h.

a l'entrée du théatre Gerard Philipe le 27 novembre 2014

Le lendemain, 28 novembre, Jean Bellorini, nommé en 2013 directeur du théâtre Gérard-Philipe par Aurélie Filipetti, a imposé par la force le spectacle controversé et 2000 policiers – tous euro-descendants pour que le symbole soit plus fort – ont généreusement matraqué et molesté les manifestants- dont beaucoup de femmes, certaines enceintes – qui protestaient pacifiquement.

violences poloicières St Denis

 Les manifestations ont continué le 29 et le 30, occasionnant de nouveaux gazages policiers et deux arrestations.

Une nouvelle manifestation fut organisée le 7 décembre devant le 104 à Paris, où le spectacle fut repris, toujours sous haute protection policière.

zadi

Ce jour-là, le journaliste Jean-Pascal Zadi, de Canal Plus,  fut refoulé à l’entrée, à cause de sa couleur.

 

 

 

 

 

Cinq mois à peine après ces événements violents et négrophobes à Saint-Denis et à Paris, un Guadeloupéen, Pierre Cayet, après avoir été gazé et bousculé au commissariat de Saint-Denis, trouvait la mort, dans des conditions troubles, en se fracassant la tête sur le trottoir, juste devant le commissariat.

 

Ecrit par

3 Contributions

  1. John Mullen dit :

    Le MRAP la LICRA et la LDH ont fait un communiqué pour défendre Exhibit B. Voici une réponse:

    http://johnmullenagen.blogspot.fr/2014/11/exhibitb-exhibit-b-ce-quen-disent-la.html

  2. Pameole dit :

    Merci pour cette veille intellectuelle et éthique.

  3. Charles Clarys dit :

    C’est honteux et ignoble !
    Quel idée saugrenue et inhumaine de ressasser de telles atrocités et humiliantes.
    Ce Sud Africain ne comprend rien, il ne se met pas à la place des spectateurs blacks.

Ajouter une contribution