Haïti 1822 : la France réattaque

L’épisode est très peu connu.

Tout part d’Espagne. En mars 1820, l’autorité du roi Ferdinand VII, qui est remonté sur le trône après avoir été emprisonné par Napoléon au château de Valençay (Indre), soigné par Fournier de Pescay , est  contestée par un coup d’État militaire qui impose une constitution libérale.

Les colonies espagnoles, sous l’impulsion de Simon Bolivar, profitent de cette période de troubles. En 1821, la Colombie se proclame indépendante sous la présidence de Bolivar dont l’idée est de fédérer les anciennes colonies espagnoles et d’abolir partout l’esclavage. Une partie de la population de Santo Domingo, la partie espagnole de Saint-Domingue, est favorable à Bolivar qui a par ailleurs le soutien des Haïtiens (en 1815-1816, ils ont accueilli et secrètement armé Bolivar).

Mais les réactionnaires esclavagistes – dont les anciens colons français de Saint-Domingue réfugiés dans la partie espagnole de l’île – sont terrifiés par le ralliement de Santo Domingo à la république de Colombie, effective le 1er décembre 1821. Ils demandent à la France d’intervenir pour rétablir l’autorité du roi d’Espagne, en profitant de l’occasion pour intervenir ensuite contre Haïti.

La France, à cette époque, n’a toujours pas digéré la perte de sa plus belle colonie et rêve de la reconquérir. La jeune république d’Haïti est tenue à l’écart par la France, qui ne l’a pas reconnue, et par toutes les îles esclavagistes voisines. Ses bateaux n’ont le droit d’aborder nulle part.

Le président d’Haïti, Boyer, informé de ce qui se trame à Santo Domingo, décide d’occuper la partie espagnole de l’île en janvier 1822, ce qu’il parvient à faire sans grande résistance des troupes espagnoles restées fidèles au roi. Les anciens colons de Saint-Domingue se sauvent en Guadeloupe et en Martinique pour demander du secours.

Une première frégate française, venue de la Martinique, se présente bientôt vers le cap Samana. C’est là que s’était rassemblée l’expédition française de 1802. Toussaint Louverture, qui se trouvait alors sur la côte, avait aperçu les voiles, et il était parti au galop jusqu’à Port-au-Prince pour organiser la défense.

La frégate reste prudemment hors de portée de l’artillerie haïtienne et jette l’ancre. Bientôt, les Haïtiens constatent que des allées venues suspectes ont lieu entre la côte et la frégate. D’anciens colons français viennent prendre des ordres et des armes pour organiser la résistance.

Alors, l’armée haïtienne ordonne à la frégate de lever l’ancre immédiatement, ce qu’elle fait mais en louvoyant car elle attend des renforts qui arrivent bientôt.

L’escadre française, puissamment armée revient vers la côte en ordre de bataille et les troupes commencent à débarquer.

L’armée haïtienne, comme en 1802, ouvre sans hésiter le feu sur les troupes françaises.

Les combats sont violents.

Ayant essuyé de lourdes pertes, les Français sont obligés de rembarquer et finissent par repartir en Martinique, n’ayant pas osé tenter un second débarquement.

C’est une très grande victoire pour l’armée du président Boyer qui montre ainsi sa détermination face à toute tentative de reconquête de la France.

Ces événements déclenchent la panique en Martinique et en Guadeloupe. Les colons, terrorisés, pensent que les Haïtiens, pour se venger, vont organiser un débarquement en Guadeloupe en provoquant l’insurrection des esclaves.

Une rumeur se répand au printemps 1822 selon laquelle le soulèvement des ateliers serait organisé par les Haïtiens à partir de Saint-Barthélémy, alors colonie esclavagiste suédoise.

Les Français obtiennent du gouverneur suédois l’autorisation de perquisitionner sur l’île de Saint-Barthélémy. Un Afro-descendant complètement étranger à cette affaire est arrêté. D’autres arrestations ont lieu en Guadeloupe. Les autorités esclavagistes de l’île profitent de l’occasion pour se débarrasser des Afro-descendants libres les  plus en vue et les plus gênants.

À la Martinique, une rafle est opérée parmi les esclaves, ce qui provoque un soulèvement dans les habitations Lévignan, au Carbet, près de Saint-Pierre.

Toutes les troupes de la colonie sont envoyées contre les mutins. Deux chefs présumés sont fusillés sur place.

Soixante esclaves rebelles, qui avaient survécu aux combats, sont pris et conduits à Saint-Pierre.

Après un simulacre de procès, 29 condamnations à mort et 37 condamnations aux galères à vie sont prononcées.

Cet épisode méconnu va peser lourd sur la suite des relations franco-haïtiennes et décider Paris à reconnaître, trois ans plus tard, la République de Port-au-Prince, moyennant une insupportable saignée de 150 millions de francs-or qui allait appauvrir à jamais un pays ne disposant que d’un budget annuel de 2 millions.

En 1830, les Français, ayant tiré un trait définitif sur leur empire colonial américain, changeront de politique et débarqueront en Algérie, avec l’espoir d’y planter de la canne à sucre, et ils utiliseront comme experts les officiers rescapés de 1802.

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2 Contributions

  1. Félix-Edmond dit :

    Ah, cette France,  » Maman la France » comme on disait « an tan lontan  » s’est comportée comme une marâtre, une profiteuse sordide.

    Ensuite, ce fut aux Algériens d’en faire les frais. Et ça continue ! Je me demande si ce pays sera jamais capable d’apporter, de manière vraiment désintéressée, quelque chose de bien au monde. Il suffit de voir son comportement au Mali et en Syrie, droite et gauche confondues.

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Ven 10 mai 2019 17 h 30 Paris pl. Gén Catroux commémoration esclavage évt Facebook
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