Le Majordome

« J’ai vu Le Majordome et j’ai pleuré » déclarait Barack Obama le 27 août 2013.

Sorti dans les salles de cinéma françaises le 11 septembre 2013, Le Majordome (The Butler) fut en tête du box-office.

Le Majordome est le 4e film réalisé par l’Afro-Américain Lee Daniels, né à Philadelphie en 1959, qui est également acteur et producteur (en l’occurrence coproducteur de ce film).

Sorti aux USA  le 16 août 2013 sous le titre The Butler, ce long métrage a obtenu un large succès, avec un nombre d’entrées en salles qui a couvert trois fois son budget, important, mais nullement excessif pour un film américain (30 millions de dollars).

Le film est magistralement interprété par Forest Whitaker et Oprah Winfrey, avec une mémorable apparition de Mariah Carey, en ouvrière agricole dans un champ de coton de la Géorgie des années 20.

Yaya Dacosta, qui campe un rôle d’étudiante révoltée et féministe des années 60 est également remarquable.

Lee Daniiels

Lee Daniels, le réalisateur du Majordome

 

À ses côtés; l’Afro-britannique Daniel Oyelowo, héros de Red Tails (non distribué en France) et jouant un petit rôle dans le film de Speilberg consacré à Lincoln.

La traduction du titre américain, The Butler, par « Le Majordome » est approximative. Un butler est plutôt un maître d’hôtel ou un valet de chambre.

L’histoire est inspirée de celle d’un valet de chambre de la maison blanche, Eugene Allen (1919-2010) telle qu’elle fut relatée dans un article du Washington Post du 7 novembre 2008 A Butler Well Served by This Election.

Eugene Allen, né en Virginie, servit 34 ans à la Maison blanche. Un documentaire de 52′ réalisé par Marjorie Hunt et produit par la Smithonian institution (disponible en DVD) lui a été consacré en 2009.

Nourri de cette histoire vraie, Le Majordome évoque, en 2 h 30, l’histoire des Afro-Américains à travers celle d’Eugene Allen (rebaptisé Cecil Gaines) le majordome de la Maison-Blanche qui servit tous les présidents d’Eisenhower à Reagan.

C’est un excellent film pour tous publics : l’histoire d’un homme, House Negro, nègre de case, qui, peu à peu, va prendre conscience de sa dignité d’homme et refuser ce qui est insupportable. L’histoire de son fils, qui assume cette dignité pendant tout le temps où le père, traumatisé depuis l’enfance, n’en a pas encore pris conscience.  Et surtout l’histoire des relations, tendres et complexes, entre un père et un fils, qui s’aiment et s’admirent, mais n’arrivent pas à l’exprimer.

Il permet de comprendre de manière saisissante la situation et les luttes des Afro-Américains au XXe siècle. On y voit, d’entrée, une scène bouleversante qui montre que l’abolition de l’esclavage n’avait pas changé grand-chose et que les Américains du Sud, dans les années 30, n’avaient aucune leçon à donner aux nazis de la même époque. Tout y est : les champs de coton, Martin Luther King, plus vrai que nature, les Black Panthers…

The Butler (Le Majordome) bande-annonce (VOST)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 Contributions

  1. Zoku dit :

    Il y a Forest Whitaker dans le film et ça me suffit pour avoir envie de le voir.

  2. Meryanne Loum-Martin dit :

    Le film est excellent en effet. Il s’inspire du long parcours d’Eugene Allen (Cecil Gaines) pour projeter sur cette vie déjà peu ordinaire tous les éléments historiques majeurs de celle des Afro-américains des quatre-vingt dernières années, à commencer par l’impunité des blancs en matière de viols, de lynchages et de crimes dans les états du Sud, et l’impuissance du gouvernement fédéral devant leurs exactions.

    Ce qui m’a particulièrement marquée dans ce film, c’est la façon dont Martin Luther King explique au fils de Gaines, lorsque celui ci lui dit que son père est « butler », l’importance de la présence d’employés de maison noirs dans des maisons blanches et leur potentiel subversif. Il ne s’agit pas de violence mais du pouvoir que donne la proximité.

    La vie du vrai Eugene Allen ne fut pas marquée par les tragédies du film, mais elle sert de trame. Pour l’anecdote, il fut en effet invité à diner à la Maison Blanche lors d’un « State dinner » .

    Comme le dit Une Autre Histoire, les acteurs y sont magistraux. Oprah Winfrey est époustouflante.

    Il faut absolument que tout le monde voie ce film. En France, l’histoire contemporaine américaine est peu connue ou vite oubliée. Mais au -delà de la qualité du film, son succès et son écho sont des outils pour manifester que nous représentons un marché. Il serait temps qu’il soit reconnu.

    • Sarr Fatimatou sira dit :

      Je pense que l’histoire retracée dans ce film est toujours d’actualité et qu’il faut le faire voir à toutes les générations dans tous les pays du monde.

    • Zoku dit :

      C’est vrai ce que vous dites sur l’intervention de Martin Luther King dans le film, ça aurait été trop facile de faire un film où les « nègres de maison » sont de vilains collabos inutiles tandis que les « nègres des champs » (par exemple, les black panthers dans le film) passent pour des héros romanesques… Les deux formes de lutte étant nécessaire pour faire avancer l’histoire, comme le prouve l’histoire de Cecil.

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