Les Réunionnais de la Creuse

À partir de 1963, des enfants de la Réunion, 1630 exactement, des Afro-descendants en très grande majorité, considérés comme « abandonnés » par l’administration, sont déportés pour repeupler des départements français dont la démographie pose problème : principalement la Creuse, mais aussi dans une moindre mesure la Lozère, le Tarn, le Gers et les Pyrénées orientales.

Au lieu d’être éduqués convenablement, ces enfants furent pour la plupart placés comme valets de ferme dans des conditions généralement très critiquables.

Par ailleurs, beaucoup d’entre eux, mis d’office à la DDASS de La Réunion, qui parcourait l’île à la recherche d’enfants « en danger », avaient encore des parents.

La responsabilité de cette opération, faite dans le cadre du Bumidom, a été principalement attribuée à Michel Debré, alors député de la Réunion.

Elle intervint pourtant au moment où André Chandernagor, ancien élève de l’Ecole nationale de la France d’Outre Mer, et lui-même originaire de La Réunion, commençait une brillante carrière dans la vie politique locale en devenant conseiller général de la Creuse et président de ce conseil à partir de 1973 et jusqu’en 1983 (*).

La déportation des enfants, commencée en 1963, s’est discrètement poursuivie jusqu’en 1982 sans qu’aucune voix ne s’élève pour la critiquer.

L’accueil des enfants donna en lieu à la construction d’un important centre d’accueil à Guéret – qui existe toujours  (photo)- et à la création d’emplois, certainement appréciables dans un département défavorisé.

En 1996, une plainte a été déposée par Jean-Jacques Martial pour « enlèvement et séquestration de mineur, rafle et déportation ».

En 2005, l’association des Réunionnais de la Creuse a assigné l’État français devant le tribunal administratif.

Aucune de ces actions n’a abouti.

Aucun gouvernement français n’a jamais exprimé de regrets pour cet épisode de l’histoire de France qui a brisé des centaines de vies et causé nombre de drames et de dépressions.

En 2013, les anciens déportés se sont efforcés de commémorer le 50e anniversaire de leur départ de La Réunion. Plusieurs d’entre eux, demeurant encore dans la Creuse, ont tenté d’organiser un voyage de mémoire (une cinquantaine de familles) à la Réunion, espèrant le soutien du ministère des Outre-mer.

Le 18 février 2014, l’Assemblée nationale a adopté une « résolution mémorielle » reconnaissant le rôle de l’État dans cette déportation.

(*) La fille d’André Chandernagor, Françoise, a pris la tête d’un mouvement de soutien à l’historien Pétré-Grenouilleau, qui avait déclaré dans Le Journal du Dimanche, le 12 juin 2005 que « La loi Taubira est de nature à renforcer l’antisémitisme en France », ce qui lui avait valu la plainte d’une association. En 2009 Pétré-Grenouilleau a été nommé inspecteur général de l’Éducation nationale par le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

Ecrit par

Pas de contribution

Ajouter une contribution