L’hôtel de la Marine

L’hôtel de la Marine, également appelé hôtel du Garde-meuble, est un bâtiment de 22 000 m2 situé à Paris, place de la Concorde.

Complètement achevé en 1774, à l’avènement du règne de Louis XVI, le bâtiment fut utilisé dès 1772 pour installer le garde-meuble royal qui était ouvert au public une fois par mois pendant les beaux-jours.

Marie-Antoinette y avait aménagé un appartement où elle résidait lors de ses escapades à Paris.

Lorsque Louis XVI, sous la contrainte, quitta Versailles pour s’installer à Paris en octobre 1789, le bâtiment, saccagé et pillé la veille de la prise de la Bastille, fut affecté au ministère de la Marine, tenu à l’époque par La Luzerne, dont l’activité la plus importante était gérée par le bureau des colonies, qui s’occupait des ports négriers, de l’esclavage, et de la traite.

C’est donc depuis l’hôtel de La Marine qu’étaient distribuées les primes pour la déportation des Africains (13 livres de subvention par tête de nègre payées par l’État sans interruption du 13 janvier 1672 jusqu’au 25 juillet 1793).

L’activité du ministère, qui fut très intense durant la Révolution, où la traite fut déclarée « commerce national » par l’Assemblée constituante, occupa bientôt tout le bâtiment.

Après une interruption de 7 ans (1794-1802) la vocation esclavagiste de l’hôtel de la Marine fut remise à l’honneur par les fonctionnaires de la direction des Colonies recrutés par Bonaparte dès 1800 et qui préparèrent en 1802, sous l’impulsion de l’amiral Decrès, la remise en vigueur du Code noir.

Cette activité négrière fut constante jusqu’à la Révolution de 1848 et l’abolition de l’esclavage.

C’est depuis l’hôtel de la Marine que furent imaginés des plans de reconquête d’Haïti et que fut organisée la répression contre les opposants à l’esclavage dans les Colonies.

C’est à l’hôtel de la Marine que fut calculée l’indemnité imposée aux Haïtiens.

On s’y activa jusqu’en 1849 pour préparer l’indemnisation des colons des 4 vieilles colonies françaises.

Le ministère de la Marine retrouva sa vocation négrophobe le 30 janvier 1882 sous l’impulsion de Jules Grévy qui rattacha l’administration des Colonies au ministère de la Marine.

C’est donc à l’hôtel de la Marine que fut préparée l’expansion coloniale française, entraînant toutes les atrocités qui s’y rapportèrent.

Cette activité coloniale de l’hôtel de la Marine fut constante jusqu’en 1910, date à laquelle le ministère des Colonies, autonome depuis 1894, fut installé à l’hôtel de Montmorin, 27 rue Oudinot, où il est devenu le ministère des Outre-mer.

L’hôtel de la Marine, affecté à l’État-major de la Marine, sera remis à la disposition de l’État en 2014.

La logique imposerait qu’il devienne un lieu de mémoire, ce qui serait une manière de réparer le préjudice qui fut causé aux Africains et aux Afro-descendants depuis ce lieu pendant 78 ans.

 

 

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