Peut-on porter un jugement sur un crime du passé ?

Le dernier retranchement des racistes, si l’on qualifie d’esclavagiste ou de colonialiste, preuves à l’appui, l’attitude de certains personnages historiques jusque là respectés, c’est qu’on n’aurait pas le droit de porter un jugement négatif sur le passé.

Selon eux, pour juger le passé, on s’appuierait sur des valeurs contemporaines. Le passé et le présent seraient deux univers sans aucun rapport. Le passé serait sacré.

Et ainsi, toute critique négative de Napoléon, de Louis XIV, de Voltaire, de Montesquieu, serait interdite parce qu' »anachronique ». Parler de racisme, à leur époque, cela n’aurait pas eu de sens. La chose ne pouvait exister, voyons, puisqu’on ne l’avait pas encore nommée.

Bref, les crimes du passé seraient toujours prescrits dès qu’il s’agit de grandes figures.

Pourtant, les personnages qui sont présentés comme importants dans les manuels d’histoire officiels – Vercingétorix, Charlemagne, Charles Martel, Louis XIV, Napoléon – ont tous été choisis en fonction des jugements de valeur positifs d’une époque ou d’une autre. En ce sens, le fait qu’on parle d’eux est déjà anachronique.

Napoléon ? Honni sous Charles X, mais valorisé depuis Louis-Philippe. Jeanne d’Arc ? Sanctifiée après la guerre de 14-18. Charlemagne ? Bien utile à l’époque de Jules Ferry.

Ce sont également des jugements de valeur racistes qui ont éliminé certaines personnages, pourtant intéressants, de l’histoire officielle.

Anachronisme ? Personne ne viendrait soutenir qu’on ne peut juger Hitler au motif que la notion de crime contre l’humanité n’existait pas juridiquement en 1942 et que la condamnation du nazisme serait « anachronique ».

Il y a des valeurs intemporelles – parfois jugées intempestives – qui font qu’un homme est un homme. Ainsi  le principe sacré selon lequel un être humain doit respecter ses semblables.

Même si la loi l’autorisait, la mise en esclavage des Africains par les Européens a toujours été considérée par une minorité évoluée – même aux 17e et 18e siècles – comme un crime. Un crime par rapport aux lois non écrites de l’humanité.

Nombreux sont les hommes de toutes couleurs qui ont condamné l’esclavage au nom de ces lois non écrites. Peu importe que qu’une certaine histoire n’ait pas voulu retenir leur nom.

Une autre histoire les tirera de l’oubli.

Un exemple ? L’affirmation selon laquelle tout le monde était favorable à l’esclavage à l’époque de Napoléon est en contradiction avec le fait qu’on venait précisément à cette époque d’abolir l’esclavage.

D’ailleurs, malgré l’épuration politique et la dictature pratiquées par Napoléon, un quart des membres du Corps législatif s’opposèrent au rétablissement de l’esclavage. Cette proportion fut d’un tiers au Tribunat. Peut-on dire que ceux qui étaient contre l’esclavage à cette époque, l’étaient déjà de manière « anachronique » parce qu’ils étaient minoritaires ?

Non, le fait que le pouvoir politique dominant – monarchique sous Louis XIII et Louis XIV, dictatorial sous Napoléon– ait légalisé ce que beaucoup considéraient comme un crime ne saurait nous empêcher de condamner ce qui nous semble condamnable.

Personne n’aura le droit de dire un jour que le racisme de la France du XXIe siècle ne saurait être jugé au motif que c’était l’opinion générale à l’époque.

Tel n’est pas le cas, heureusement, même si le racisme est hélas majoritaire parmi les élites dirigeantes.

© Une Autre Histoire

 

 

 

 

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3 Contributions

  1. Bien sur qu’il faut faire une critique des personnages historiques. Si on veut nous enseigner Napoléon, Voltaire etc, il faut nous parler de leur défauts et de leur crimes. Enseigner l’histoire comme une propagande patriotique, ça ne marche pas.
    Vous avez bien raison, il ne faut jamais oublier son esprit critique. Et si on nous enseigne de la propagande, on a le droit de critiquer.
    Merci beaucoup pour votre site et pour toutes vos informations.

  2. Gwadary dit :

    Tout le monde en veut à Hitler parce que il a eu le malheur d’exterminer une partie des Européens, de religion juive !

  3. Néfertiti dit :

    Ma fille était en classe de 3ème en Guadeloupe lorsque son professeur d’histoire (une Française bien blanche de peau) demande à la classe :  » Qui était Napoléon Bonaparte »

    Ce à quoi ma fille répond : « Une pourriture ! »

    Elle a eu un 0.

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