Pourquoi la France est un pays institutionnellement raciste

C’est Stokely Carmichael qui a mis à jour la notion fondamentale de « racisme institutionnel ». Le racisme institutionnel est la forme la plus sournoise de discrimination puisque non seulement il échappe aux lois qui généralement condamnent les actes de racisme dans les sociétés occidentales, mais encore parce qu’il s’insinue dans la législation elle-même, y compris dans la législation censée lutter contre le racisme.

Le système politique français est en principe égalitaire. En réalité, le mode de représentation des citoyens au parlement français est calculé de telle manière qu’un citoyen ne puisse être élu -sauf exception qui confirmera la règle – qu’en fonction de son phénotype. Ainsi, une personne perçue comme « noire » ne peut-elle être élue, en pratique, que dans les départements d’outre-mer (les anciennes colonies esclavagistes).

En clair, aucun Afro-descendant ne peut faire de carrière politique normale en France, c’est-à-dire avec l’espoir d’accéder au plus haut niveau de responsabilité (la présidence de la République).

Ce système ne doit rien au hasard. La Ve République a fait le choix d’une décolonisation de façade (les anciennes colonies africaines restant discrètement sous tutelle) pour éviter que les ex-coloniaux, égaux en droits, ne forment un groupe majoritaire au Parlement, comme cela se serait produit si la logique de la IVe République s’était maintenue, une fois l’égalité politique acquise, grâce à Lamine Gueye.

Ce système politique institutionnellement discriminatoire a été délibérément entretenu, depuis 1958, par tous les gouvernements, de droite comme de gauche, qui évitent, par calcul électoral, d’engager des réformes éducatives qui permettraient aux Français, en sortant du système scolaire, d’avoir un minimum de connaissances et de réflexion.

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Inscriptions racistes et négrophobes au collège Nelson Mandela du Blanc-Mesnil

(7 janvier 2014)

 

 

 

 

 

Il n’y a aujourd’hui, en France, aucune politique sérieuse de lutte contre le racisme à travers l’éducation. Ainsi, les programmes d’histoire, par exemple, s’appuient-ils toujours sur les quatre figures fondamentales de l’idéologie raciste, esclavagiste et colonialiste : Christophe Colomb, Louis XIV, Voltaire et Napoléon.

De nombreux professeurs d’histoire sont sous le contrôle d’un historien controversé – Olivier Pétré-Grenouilleau, nommé inspecteur général sous la présidence de Nicolas Sarkozy – qui a déclaré publiquement et impunément dans un journal de grande diffusion: « La loi Taubira (qui criminalise l’esclavage et la traite transatlantiques) est de nature à renforcer l’antisémitisme en France ».

C’est bien évidemment du fait de cette carence éducative que les 2/3 des Français, selon le sondage annuel publié par la commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) sont persuadés que l’idée de « race » est une réalité scientifique démontrée.

Plus inquiétant : si l’on se réfère au même sondage, presque 20 % des Français sont persuadés que la « race » blanche est « supérieure » aux autres.

Outre l’éducation, le fonctionnement de l’audiovisuel – qui forme l’opinion- est fondé sur la même idéologie.

Toutes les structures qui diffusent l’information en France -à commencer par les structures publiques- sont imprégnées de l’idéologie de la « race » et contribuent à la véhiculer.

La plupart des décideurs de l’audiovisuel, la plupart des personnes qui apparaissent à l’antenne des chaînes françaises de télévision, sont choisies implicitement sur le critère de la suprématie de la « race » blanche.

Les rares Afro-descendants qui échappent à cette doctrine ne sont que des alibis servant à la renforcer. Ainsi exhibe-t-on des personnes souvent incultes et peu exemplaires pour représenter des « noirs » perçus selon les stéréotypes de l’époque coloniale : ignorants, infantilisés, réduits à la danse, à la chanson (les « cultures urbaines » et le zouk).

Seule une volonté politique permettrait de sortir de cette spirale. Mais la droite française mise sur les préjugés de son électorat traditionnel. La gauche, sur la montée de l’idéologie d’extrême-droite, susceptible d’affaiblir la droite.

La manière dont la France baigne dans les préjugés s’explique par le poids de son histoire récente.  La dictature ouvertement raciste de Napoléon n’a jamais été officiellement dénoncée.La France feint de croire et tente de faire croire qu’elle aurait inventé les droits de l’homme alors qu’elle a inventé le racisme avec des théoriciens tels que La Peyrère, Bernier, Voltaire, Vacher de Lapouge.

Cette situation, évidemment dangereuse dans un pays où l’immigration est ghettoïsée, n’est pas irréversible, mais elle suppose une véritable révolution intellectuelle et politique.

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20 Contributions

  1. Simba dit :

    C’est presque pareil au Canada : ils ont une politique de discrimination très forte…

  2. Eddy dit :

    Oui ! En effet la France est raciste et sa politique et son équilibre économique et social sont basés là-dessus. Mais regardez comment se comportent certains de nos frères noirs entre eux et comment se comportent ces mêmes « noirs » face au « blanc » ! Vous trouvez ça normal que la plupart des sélectionneurs de certaines nations africaines de football soient des « blancs » ? Pourquoi mes frères laissent-ils faire ? N’est ce pas une forme d’expression et de soumission et d’un manque de considération de son frère ! Je suis antillais guadeloupéen et fier ! Mais ce que j’ai vécu au Sénégal m’a dégoûté ! Voir mes frères se rabaissant ventre à plat face au « blanc », c’est dramatique ! Je pense qu’il va falloir des siècles et des siècles pour espérer un changement !

    Quant aux Français : ils nous détestent ? Ok. Ils veulent qu’on rentre chez nous ? Ok ! Pas de soucis alors ! Retournons-tous à la maison – en Guadeloupe, pas exemple- et foutons-les dehors de chez nous ! Renvoyons les chez eux ! Qu’ils nous laissent gérer nos affaires nous-mêmes !

    Pas mal mon idée, non ? Merci finalement aux Français de me haïr si cela légitime ma réflexion et mon action.

    • Femme noire dit :

      C est drôle : l’idée qu’il faudrait « rentrer » et laisser l’Europe aux « Aryens », c’est exactement ce que véhiculent des sites comme Sororité aryenne ou autres blogs racistes qui, eux, déclarent ouvertement qu’ils entendent poursuivre l’oeuvre d’Hitler en hiérarchisant le monde par phénotype. Il y a beaucoup de noirs aliénés. Surtout « chez eux ». Rentrer où ? Dans un pays colonisé ?

    • Nathalie Adnet dit :

      Non, votre idée n’est pas bonne.Il faut en finir avec toute espëce de domination des uns sur les autres : domination du blanc sur le noir, du riche sur le pauvre, de l’homme sur la femme. Non ? (une « blanche » de Guyane).

    • Thinkahain dit :

      Tout simplement à cause de l’éducation, mon frère.
      L’éducation du noir est assez bâclée, toujours coloniale, et jamais
      on ne nous inculque notre histoire.
      Au contraire on nous fait croire qu’on n’est rien.
      Change l’éducation et tu auras une autre génération.

  3. Fafa dit :

    Respect pour ce petit article qui en dit énormément.

  4. Vald. dit :

    Je ne me fais artisan du futur.

    Une chose est sûre : nous avons appris par le passé que ces situations se renversent toujours.

    Plus tôt ces politiques changeront plus beau sera l’avenir pour les futurs minoritaires de la société française.

    Il faut simplement s’assurer que l’avenir se déroulera dans la plus grande sérénité et un esprit différent de celui qui sévit aujourd’hui chez les actuels-presque-majoritaires.

  5. Bertrand Hyppolite dit :

    Wow , félicitations ! Il n y a rien d autre a ajouter mis a part que les proviseurs font en sorte a faire échouer les élèves issus de l immigration ou de couleur. On les oriente vers les CAP et BEP, des la 4eme. Ils convoquent les parents pour dire que tel élève ne peut pas continuer le cycle normal. Juste pour éviter que trop d’élèves noirs puissent arriver loin dans l’enseignement classique, aient accès à l’universite et ensuite occupent des postes élitistes. Rare sont les noirs ou arabe qui arrivent a finir leur bac classique. Les noirs qu on voit dans les universités, ce sont ceux qui ont choisi de venir étudier en France après leur bac dans leur pays d origine.
    Honte a cette France raciste et hypocrite !

    • Fabienne Pinto dit :

      En 3ème, lors de la visite aux structures dediés à l’orientation (étant en banlieue), je demande à la conseillère :

      -Madame, je n’aime pas beaucoup les maths mais j’adore les langues; j’aimerais donc faire des études linguistiques. Quelle filière puis je suivre après la 3ème ?

      – Euh vous pouvez tout à fait faire un BEP Secrétariat, vous rédigerez des lettres et vous servirez du café.

      Ma colère était telle que à mon retour j’expliquai cela à mon père qui les insulta. Je ne remis jamais les pieds là bas. J’ai suivi plus tard une voie générale puis un BTS, et aujourd’hui je suis en école de Commerce.
      Ne jamais laisser quelqu’un vous dicter ce que vous êtes, qui vous êtes. Mes ancêtres afro nous ont montré que la lutte contre l’esclavage et l’oppression est efficace. A nous de la poursuivre !

  6. BEVERT dit :

    On oublie à chaque fois de préciser que c’est aussi la France qui a donné Arthur de Gobineau

  7. French dit :

    La France n’est pas raciste. La preuve ? Son musée national d’histoire sur les migrations dans l’ancien palais des colonies avec ses fresques qui montrent les Africains et Asiatiques comme des sous-hommes inférieurs aux Européens, tout un symbole aujourd’hui.

  8. Moulie dit :

    J’ai retrouvé un de mes bouquins de géographie de cinquième. Il faut voir la façon dont ils parlent des habitants de la Nouvelle-Calédonie : ce ne sont même pas des indigènes, ce sont des gens à qui il faut tout apprendre. Je ne sais pas qui a l’époque était responsable de ces bouquins.
    De nouveau les médias ressortent des émissions sur Napoléon version « grand homme ».

    Tout cela renforce le racisme institutionnel et encourage aux insultes.

    • Miguel Riviere dit :

      Je suis un blanc de plus de 50 ans né en Bretagne et je peux t’assurer avoir avalé moi aussi (et + encore ceux des générations antérieures) tout un tas de conneries dans les bouquins d’Histoire du premier cycle. Style « Charlemagne à la barbe fleurie »… En grandissant, cette connerie de la doxa scolaire s’est intensifiée de manière vicieuse, en nous laissant croire en notre liberté de jugement sur l’Histoire française. En bref, il m’aura presque fallu une vie entière pour me débarrasser des scories (aka : pourritures idéologiques) de l’Education Nationale.

  9. Joss Rovélas dit :

    Tout est dit ! Je ne peux que m’atteler à faire largement circuler cette info partout !

    • A mon avis, la grande raison (ou au moins l’une des grandes raisons) pour laquelle la cause des « noirs » et en général la cause de tous les « non-blancs » n’avancent pas en France est le fait que le « communautarisme » y est interdit. Et pour renforcer cette raison il faut ajouter le fait que très souvent les intéressés et, en fait, les victimes acceptent et souvent appuient cette interdiction, sans se rendre compte de sa nocivité, un peu comme la femme battue dans Molière qui rétorque: « Et si ça me plait d’être battue ? »
      Les « minorités visibles » de France sont visibles seulement dans les rues mais pas dans le parlement de la République, ni en général dans les hautes sphères de la vie économique et politique du pays, où leur présence est en quelque sorte homéopathique. Alors viennent les questions suivantes:
      – Un débat ouvert, franc, courageux, sans langue de bois sur cette situation ne s’impose-t-il pas?
      – S’il a déjà eu lieu, ne faudrait-il pas donner une plus grande publicité à ses conclusions ?

    • Albert dit :

      Dans une salle de classe d’une école primaire de Gennevilliers, il était affiché une photographie d’un « noir » puor représenter la pauvreté. C’est ainsi qu’en France on crée des clichés racistes dans l’inconscient des enfants. La fille d’un ami vivait dans une famille d’accueil quelque part dans une province française. Cette fille est devenue plus raciste que les « blancs ». J’ai connu plusieurs cas similaires. Alors ne nous trompons pas : la divise « Liberté, égalité, fraternité » inscrite au fronton des édifices publics n’est, en réalité, qu’un leurre. L’esprit des minorités de France est anesthésié. Le « noir » subit à son insu un lavage de cerveau. On lui inculque un esprit d’asservissement, de dépendance par rapport au « blanc ». En Afrique, comme ailleurs, la décolonisation doit commencer par les esprits et l’intelligence. Un professeur de l’université d’Abidjan disait que les « Ivoiriens ne pouvaient se passer des Français ». Cela ne doit pas nous étonner. Beaucoup préfèrent collaborer avec les anciens colons plutôt que de garantir la souveraineté nationale. En attendant, la Côte d’Ivoire est livrée aux prédateurs.

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