Achille René-Boisneuf (1873-1927)

Achille René-Boisneuf est né au Gosier (Guadeloupe) en 1873, fils d’un esclave affranchi.

Après ses études secondaires, il s’engage en politique. D’abord aux côtés du socialiste Légitimus , puis en dissident par rapport à une ligne que René-Boisneuf juge trop tiède. Il est élu conseiller municipal de Pointe-à-Pitre en 1900.

En 1909, René-Boisneuf part en France et y obtient une licence de droit qui lui permet de revenir en 1910 et d’ouvrir un cabinet d’avocat à Pointe-à-Pitre.

Il s’illustre dès ses débuts au barreau en défendant les ouvriers en grève de l’usine sucrière d’Arboussier et il prendra en charge d’autres dossiers opposant des cultivateurs à des propriétaires ou des ouvriers à leur patron.

En 1911, René-Boisneuf devient maire de Pointe-à-Pitre. En 1914, il est député de la Guadeloupe, après avoir présidé le conseil général. Au Palais-Bourbon, où il siégera 10 ans, il s’alliera au Martiniquais Joseph Lagrosillière.

En 1924, il est accusé à tort d’avoir posé une bombe au Gosier, ce qui lui vaut une brève incarcération jusqu’à ce qu’il soit innocenté.

 

 

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5 Contributions

  1. @Meryanne Loum-Martin : Merci pour ce témoignage, très chère Madame. Dans le combat du bien contre le mal, votre bisaïeul est un bienfaiteur de l’humanité.

    • Meryanne Loum-Martin dit :

      C’est très aimable à vous, Samuel. Il est certain que lorsqu’on a la chance d’avoir des ancêtres que l’on admire, on essaye à son modeste niveau d’en être digne et de considérer que l’on a des devoirs envers ceux qui ont eu moins de chance.

       » A ceux à qui il a été beaucoup donné, il sera beaucoup demandé » : une exigence juste !

  2. Meryanne Loum-Martin (arrière- petite-fille d'Achille René-Boisneuf) dit :

    Cela vous amusera peut-être que je vous raconte quelques histoires de famille.

    Ma grand-mère, Marcelle René-Boisneuf, épouse Sala, fut l’assistante parlementaire de son père. Achille eut 4 fils après sa fille née d’une première union. Je reconnais sur votre site des noms souvent entendus, où bien des personnes rencontrées chez mes grand-parents.

    Pour la petite histoire, un des fils d’Achille, Roland René-Boisneuf, mon grand-oncle, avocat aussi, avait épousé une des soeurs de Paulette Nardal. Elle est morte pendant leur voyage de noces. Tragique.

    Le frère de Roland, Jean René-Boisneuf, chirurgien, fut prisonnier des Nazis pendant la guerre. Par une étrange prémonition, sa mère, Anne, persuadée qu’il y aurait un jour une autre guerre contre l’Allemagne avait exigé qu’au moins un de ses fils apprenne l’allemand. Ce fut Jean.

    Il était officier de réserve et lorsqu’il fut arrêté, ils furent emmenés au peloton d’exécution avec un autre groupe d’officiers. Ayant refusé qu »on leur bande les yeux, ils étaient face au peloton, lorsqu’ils ont vu dans le dos des soldats allemands qui les mettaient en joue, un autre soldat arriver au loin en courant et en agitant les bras.

    L’étrange coïncidence a voulu que le seul des officiers français, qui parle allemand, était Jean le seul noir, qui leur dit « attendez il y a quelqu’un qui arrive derrière vous. »

    C’était les ordres de ne pas les exécuter.

    Quand on connait le racisme des Nazis envers les Noirs, c’est une première chose, que ce soit le seul qui puisse traduire au milieu d’un groupe d’officiers blancs.

    Voici la seconde :

    Les ordres étaient de demander à chacun quel était son métier. Jean étant médecin, fraîchement sorti des hôpitaux parisiens, fut automatiquement mis de côté pour soigner les soldats allemands.

    Les « inutiles  » furent exécutés.

    Jean demanda une nuit pour réfléchir. J’ai toujours connu mon oncle fervent chrétien, ne ratant jamais une messe le dimanche.

    Enfant, j’étais fascinée par lui, que je ne voyais pas souvent puisque nous n’avons jamais habité la Guadeloupe et qu’il y était médecin. Quand on parlait de cet épisode, il me racontait qu’en temps de guerre, il ne lui avait pas paru évident de soigner l’ennemi et qu’il avait sincèrement dû réfléchir. Puis dans sa nuit de prières, il se dit que ces pauvres soldats avaient aussi une mère, une femme, une fiancée qui les attendaient, qu’ils étaient tout autant que l’Europe, victimes de la folie d’Hitler et que le serment d’Hippocrate devait s’appliquer.

    Le lendemain matin, il accepta de travailler dans l’hôpital de fortune qui accueillait les blessés allemands de la région.

    Très rapidement ses techniques de chirurgie furent repérées par les médecins allemands qui lui demandèrent si ils pouvaient assister à ses opérations. Le comble : qu’un jeune médecin noir se retrouve comme un professeur de médecine entouré d’étudiants composés de médecins allemands chevronnés.

    Ainsi passèrent plusieurs mois, où la situation de ce camp était caricaturale : un noir chirurgien devenant la référence des médecins allemands, je ne dis pas forcément médecins nazis, car beaucoup ne partageaient pas les idées d’Hitler.

    Un beau jour, Jean étant devenu très copain avec les ambulanciers, il se cacha sous un cadavre et s’échappa du camp. Il alla retrouver son frère Roland, veuf de Mademoiselle Nardal, qui vivait en zone libre à Saint-Gaudens avec sa nouvelle épouse Anita dont il eut 3 fils avant de mourir d’un cancer dans les bras de son frère Jean, son plus jeune fils avait 2 ans. Je crois me souvenir que Roland avait eu une brève carrière de maire sans doute au Morne à l’Eau.

    • Pernelle dit :

      Merci, Meryanne, pour ce témoignage. Je cherche justement des détails sur la soeur qui a épousé Roland René-Boisneuf. Je ne savais pas qu'elle était morte pendant leur voyage de noces. En tout cas, tous deux ont activement participé au salon des soeurs Nardal et il y a un article de Roland sur la banane aux Antilles dans la revue Le monde noir. C’était grande pianiste, je crois.

      • Meryanne Loum-Martin dit :

        Bonjour Pernelle

        Je vois sa nièce Christiane Eda-Pierre le 14 Septembre. Je lui demanderai. Je crois en effet qu’elle était pianiste. En tout cas, j’ai toujours entendu parler du talent de tous les membres de cette famille. Mon grand-oncle Roland, qui était fou amoureux, est revenu de voyage de noces avec un cercueil. Il me semble que c’était quelque chose comme une péritonite foudroyante. Si je ne pense pas à vous recontacter après la mi-septembre, n’hésitez pas à le faire !

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