Adama Traoré : négrophobie ?

Adama Traoré, âgé de 24 ans, est mort au cours de son interpellation par la gendarmerie de Beaumont-sur-Oise, le 19 juillet 2016.

Les circonstances suspectes de ce décès ont déclenché des émeutes, de nouvelles arrestations, des manifestations sévèrement réprimées ou interdites, et une vive polémique qui a pris une ampleur internationale, après la publication, par le New York Times, le 29 juillet 2016 (voir ci-après texte et traduction)  d’un cinglant éditorial dénonçant la culture de l’impunité au sein des forces de l’ordre françaises, accusées d’être racistes et négrophobes.

L’éditorial ne manquait pas de faire un rapprochement avec les émeutes de 2005 qui suivirent la mort d’un autre Traoré – Bouna Traoré – et de son camarade Zyed Benna.

Malgré deux autopsies, les causes de la mort d’Adama Traoré n’ont pas été élucidées.

L’avocat de la famille laisse entendre qu’Adama Traoré aurait pu mourir par asphyxie alors qu’il était écrasé par le poids de trois gendarmes.

Il a mis en évidence une dissimulation de preuves et déposé une plainte contre une gendarme.

Au-delà de la mort d’un jeune des quartiers, et après l’absence de réaction gouvernementale aux propos racistes de la ministre Laurence Rossignol, c’est la question du bilan d’un quinquennat et de l’attitude de l’establishment français vis-à-vis des noirs de France qui se trouve clairement posée par ce fait divers devenu symbolique.

Le cinglant éditorial du New York Times  (29 juillet 2016) :

The death while in police custody of Adama Traoré, a 24-year-old black man, in a town near Paris on July 19 set off days of violent clashes between angry minorities and police officers.

La mort d’Adama Traoré,  un noir de 24 ans, alors qu’il était entre les mains de la police dans une ville proche de Paris, a déclenché plusieurs jours de violents affrontements entre les minorités en colère et les forces de l’ordre.

The police first claimed that Mr. Traoré had died of a heart attack. Then, after an autopsy, the authorities blamed a severe infection. Mr. Traoré’s family demanded another autopsy, saying he entered a police van alive and well, only to be found dead at the station shortly after. That autopsy suggested Mr. Traoré had died of “asphyxia” but did not indicate how.

Dans un premier temps, la police a soutenu que M. Traoré avait succombé à une crise cardiaque. Ensuite, après une autopsie, les autorités ont mis en cause une sévère infection. La famille de M. Traoré a alors exigé une nouvelle autopsie, déclarant qu’il était entré dans le fourgon de police vivant et en bonne santé pour être retrouvé mort peu après à la gendarmerie. Cette autopsie laisse penser que M. Traoré est mort par asphyxie, mais ne précise pas comment.

The episode recalled the riots that followed the deaths in October 2005 of two minority teenagers who died of electrocution in a transformer station where they had taken refuge from pursuing police officers. This time, in a new twist for France, Mr. Traoré’s death was immediately taken up under the banner of Black Lives Matter: The hashtag #BLMFrance went viral on Twitter, and protesters at a rally against police brutality and racism in Paris on Saturday chanted “Black Lives Matter” in English.

Un épisode qui rappelle les émeutes qui suivirent la mort, en octobre 2005, de deux jeunes des minorités, électrocutés dans un transformateur où ils avaient trouvé refuge, alors qu’ils étaient poursuivis par la police. Cette fois la mort de M.Ttraoré a immédiatement été mise sous le mot d’ordre Black Lives Matter (les vies noires ont de l’importance). Le hashtag #BLMFrance est devenu viral sur Twitter, et les manifestants participant à un rassemblement à Paris contre le racisme et les violences policières ont scandé ce mot d’ordre en anglais.

There are important differences between the histories of race relations in the United States and in France, where racist attitudes have roots in France’s colonial past. However, that the Black Lives Matter movement resonates in France should not surprise: Multiple reports in recent years from human rights groups have detailed an entrenched culture of impunity among the French police, leading to abuses of minorities. A 2009 study indicated that individuals identified as “black” and “North African” were six to eight times more likely to be stopped by the police in Paris than whites were.

« Une culture invétérée de l’impunité pousse les forces de l’ordre françaises à des exactions contre les minorités »

La question du racisme est particulière en France, où elle plonge ses racines dans le passé colonial. Cependant l’impact mouvement « Black Lives Matter » ne doit pas surprendre : de nombreux rapports d’organisations des droits de l’homme ont récemment montré dans le détail qu’une culture invétérée de l’impunité pousse les forces de l’ordre françaises à des exactions contre les minorités. Une étude de 2009 a montré qu’à Paris les « noirs » et les « nord Africains » avaient de 6 à 8 fois plus de chances d’être arrêtés par les forces de l’ordre française que les « blancs ».

Unfortunately, terrorist attacks have left the French government and lawmakers in no mood to call the police to account for abuses against France’s African and North African minorities. Such abuses have multiplied under France’s state of emergency, declared by President François Hollande last November after the terrorist attacks in Paris. He had promised during his 2012 campaign to end ethnic profiling by the police, and last year a Paris appeals court found the practice to be discriminatory. Even so, the Parliament last month shelved a proposal to require the police to issue a written record to individuals stopped for identity checks — a measure aimed at tracking repeated, abusive checks — after Interior Minister Bernard Cazeneuve argued this was no time to cast “suspicion” on the police.

Malheureusement, les attaques terroristes ne poussent guère le gouvernement ni le parlement à demander des comptes à la police pour les exactions commises contre les noirs et les nord Africains. Ces exactions se sont multipliées depuis l’instauration de l’état d’urgence, décidée par François Hollande en novembre dernier après les attaques terroristes à Paris. Hollande avait pourtant promis, lors de sa campagne de 2012, de mettre un terme au profilage ethnique pratiqué par la police. L’année dernière, un arrêt de la cour d’Appel de Paris a déclaré cette pratique discriminatoire. Et malgré cela, le parlement a écarté le mois passé une proposition de loi tendant à imposer aux forces de l’ordre des récépissés pour les contrôles d’identité – une mesure destinée à mettre en évidence les contrôles répétés et abusifs – après que le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve eut déclaré que ce n’était pas le moment de jeter la suspicion sur la police.

This is a dangerous argument. The Islamic State has shown it is able to exploit feelings of anger and alienation to murderous intent. Now, more than ever, the police need to build trust with minority communities by demonstrating respect for the rights of all French citizens, whatever their faith or color, and that an evenhanded application of justice makes no exceptions for the police.

C’est là un dangereux argument. Daesh a montré sa capacité à exploiter le sentiment de colère et d’aliénation à des fins meurtrières. Maintenant, plus que jamais, les forces de l’ordre françaises devraient construire une relation de confiance avec les communautés ethniques minoritaires en montrant qu’elles respectent les droits de l’homme sans distinction de religion ni de couleur, et que les forces de l’ordre ne sont pas au-dessus des lois.

 

 

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