capitaine Charles N’Tchoréré (1896-1940)

Le capitaine Charles N’Tchoréré, né à Libreville (Gabon), s’est engagé en 1915 dans les tirailleurs sénégalais et a participé avec une bravoure peu commune aux combats de la Première guerre mondiale qu’il termine avec le grade de sergent.

Promu adjudant en 1919, il est admis en 1922 à l’école d’officiers de Fréjus.

Après avoir servi en Syrie et au Soudan français, il est promu capitaine en 1933 et commande l’école d’enfants de troupe de Saint-Louis du Sénégal.

En 1939, il demande à combattre contre les nazis, ce qui lui vaut la nationalité française.

Il fait vaillamment campagne dans la Somme à la tête de la 5e compagnie du 53e régiment d’infanterie coloniale mixte.

La compagnie du capitaine N’Tchoréré reçoit pour mission de protéger le petit village d’Airaines, proche d’Amiens, contre l’invasion allemande.

C’est là que va s’accomplir l’un des plus beaux faits d’armes de la seconde guerre mondiale.

Le capitaine N’Tchoréré et ses hommes résistent pendant 5 jours, à un contre dix, à l’attaque allemande, plusieurs fois repoussée et finalement menée aux panzers et aux lance-flammes.

Le 7 juin 1940, ayant épuisé toutes ses munitions, le capitaine N’Tchoréré se résigne à se rendre pour épargner la vie des 15 hommes valides qui lui restent.

On peut imaginer la rage des Allemands  du 25e régiment d’infanterie s’apercevant que les héroïques défenseurs du village étaient pour les deux-tiers des « Sénégalais », avec à leur tête un officier africain ayant des officiers « blancs » sous ses ordres.

Pour se venger, ils trièrent leurs prisonniers selon la couleur de leur peau : N’Tchoréré fut regroupé avec une dizaine d’Africains, tous hommes du rang.

Faisant valoir avec dignité les conventions internationales et sa qualité de capitaine, qui lui interdisait, même prisonnier, de se séparer de ses officiers, et refusant de se plier à la ségrégation, N’Tchoréré, malgré les protestations courageuses de ses frères d’armes de toutes couleurs, est abattu sur place d’une balle dans la nuque. Son corps est écrasé sous les chenilles d’un char.

Le lendemain, 8 juin, au nom de l’idée de « race », 50 tirailleurs  du 53e régiment d’infanterie coloniale, dont les soldats du capitaine N’Tchoréré, furent cruellement assassinés par les soldats allemands, qui pourtant n’étaient pas des SS, dans le village voisin de Quesnoy-sur-Airaines.

Une plaque commémorative y rappelle leur martyre.

Le petit village d’Airaines a baptisé l’une de ses rues du nom de son héroïque défenseur.

Le lendemain, dans la même région – à Erquinvilliers (Oise)- le capitaine guadeloupéen Moïse Bébel fut assassiné avec ses hommes dans les mêmes conditions.

airaines

Mais aucune autre commune de France, aucune promotion d’aucune école française d’officiers ne semble avoir songé à honorer la mémoire de Charles N’Tchoréré. Il a pourtant  accompli, au même moment que Jean Moulin et pour les mêmes raisons (Jean Moulin s’est tranché la gorge pour ne pas couvrir un massacre de tirailleurs sénégalais) le premier geste de résistance à l’occupation nazie, sauvant ainsi l’honneur de tout un peuple.

 

Le village d’Airaines (Somme),
défendu jusqu’à la mort en juin 1940 par le capitaine
Charles N’Tchoréré et ses hommes au nom
d’une certaine idée de la France

 

 

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9 Contributions

  1. Néfertiti dit :

    Je pense que tôt ou tard la France paiera. La roue commence à tourner.

  2. Ilus dit :

    L´ingratitude d´une France amnésique vis à vis des tirailleurs provoque crachats et vomissures sur des sacrifices naïfs, pour une république sauvagement criminelle.

    Kaisa Ilus

  3. Ilus dit :

    Chair à canon, ils ne l´ont pas été qu´aux fronts des deux guerres mondiales, ces intrépides tirailleurs, arrachés de force à leurs villages, ces boucliers humains qui sont les véritables libérateurs non seulement de l´Allemagne mais surtout d´une France ingrate, mesquine et pilleuse.

    En 1945 comme en 1918, la république amnésique n’accordera pas la même solde de pension aux coloniaux qu’aux autres. Pire, elle prendra pour cible ces sauveurs noirs, dans un bain de sang à ras le fleuve.

    Aujourd’hui encore, je me rebelle, je m´interroge sur les raisons de cette duperie meurtrière, criminelle, dont la France s´est rendue coupable.

    Mais cela n´a point suffi pour qu´elle face amende honorable : la France continue de saigner à blanc la zone CFA.

    Kaisa Ilunga

  4. Stéphan Gregogna dit :

    La guerre est une merdification des êtres, quelle que soit leur couleur.

    La liberté, l’égalité et la fraternité ne procèdent, en droit, d’aucune couleur ; même si elles nous en font voir de toutes les couleurs.

  5. yves dit :

    Fierté et déception

  6. Gilles Quénard dit :

    Un fait aussi héroïque et aussi édifiant mériterait assurément de figurer dans nos livres d’Histoire pour les enfants des écoles !

    • Jacky Moiffo dit :

      Bonjour,

      J’aime votre commentaire car,je suis en route pour le Gabon où mon documentaire intitulé « Charles Ntchoréré,un Africain face aux Nazis ouvrira le Festival « Les Escales documentaires de Libreville »;qu’abritera l’Institut Français.
      Il est également prévue des diffusions à l’Université et au Collège Ntchoréré du coin et chacune de ces diffusions sera suivi d’un débat avec les jeunes.
      A toutes fins mes numéros Français et au Gabon: +33 699 59 77 64 et +241 07 55 14 60
      Meilleurs souhaits.
      Jacky Moiffo

  7. Joss Rovélas dit :

    Cet homme devait être particulièrement brillant car à cette époque être promu officier et se voir confier une tâche aussi délicate supposait qu’on franchisse le mur de beaucoup de préjugés.

    Merci pour cette très belle page d’histoire vraie sur un de nos ancêtres valeureux à qui beaucoup doivent d’être vivants aujourd’hui. Pourtant les Français leucodermes ne lui rendent jamais hommage, hormis les habitants de ce village picard.

    Il serait bon de compter sur ses propres forces en diffusant cette info parmi les Africains de la diaspora, ceux du continent maternel et bien sûr tous les Afro-descendants de France et du monde entier.

    • Eric dit :

      On envoyait les « bougnoules » au casse-pipe, histoire de préserver les métropolitains. Il n’y a qu’à voir « Indigènes ».
      On a bourré le mou à ces pauvres gars en leur racontant que la Mère France était bonne et généreuse, de la même façon qu’au début du colonialisme on continuait de les infantiliser et de leur vendre une idée de la France en laquelle vous croyez peut-être et qui est fausse ! Si vous pensez au colonialisme anglais, vous trouverez toujours qu’il est beaucoup plus cruel que le français, alors qu’il est juste différent et moins cynique.
      Nous donnons des leçons, nous sommes moralistes et condescendants. Il n’y a rien de pire pour anéantir un esprit rebelle que la condescendance, faire croire à ses esclaves qu’on les aime et que c’est pour leur bien qu’ils souffrent.
      Les Anglais n’ont jamais eu la prétention d’éduquer leurs colonies ou leur apprendre la démocratie, ça a toujours été une relation du plus fort au plus faible. Au moins ça avait le mérite d’être clair.

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Sam. 4 fév. 2017 commémoration abolition esclavage place général-Catroux Paris 17e à 18 h
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