Claude Ribbe a vu Welcome to New York

Vidéo : L’écrivain et cinéaste Claude Ribbe, par ailleurs président du comité de soutien à Nafissatou Diallo, a vu le film d’Abel Ferrara qui fait polémique – Welcome to New York – et en parle en exclusivité pour Une Autre Histoire

 

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8 Contributions

  1. al dit :

    Merci pour cette excellente analyse critique du film « Welcome to N.Y. »

  2. Pierre Kulemann dit :

    Dommage que ce film ait quelques relents antisémites…me dit mon amie Janine! Elle a bien raison d’être vigilante!
    Cependant c’est ce Devereaux, le protagoniste principal, anti-héros par excellence, qui cumule le racisme anti-noir, la misogynie, et l’anti-sémitisme.
    Le narrateur, en l’occurrence le réalisateur ne reprend en aucune façon à son compte les déclarations de son anti-héros.
    C’est donc faire un bien mauvais procès au film que de l’accuser d’antisémitisme.
    Tout cela finalement fait de la pub gratos à Ferrara. On voit bien, avec DSK et son ex, que l’argent rend riche et puissant, mais ne rend pas forcément intelligent ni honnête!

  3. Pierre Kulemann dit :

    Welcome to New York! Un beau film au sujet tristement banal!
    Nombreuses sont les femmes de chambre des grands hôtels, surtout quand elles sont noires, victimes de harcèlement sexuel provenant de gros blancs riches qui se croient tout permis parce qu’ils font partie de l’Establishment.
    Cela fait même partie des fantasmes concrétisés dans les établissement du type Dodo Saumure Klub.
    C’est le traitement du sujet, un réalisme mélange de Balzac, de Zola et de Gorky même, qui fait la valeur de ce film, selon moi.
    Evidemment, l’Establishment se sent visé, tente d’interdire, insulte, poursuit en « justice »! Tout cela ne fait que rendre le film plus populaire!
    Depardieu, comme Balzac d’ailleurs, à qui curieusement Depardieu, DSK et bien d’autres, ressemblent physiquement, est loin d’être progressiste.
    Pourtant il me semble que ce film nous en apprend plus sur la société capitaliste occidentale que bien des « progressistes » qui ont eu peur de défendre une ouvrière noire de l’industrie hôtelière des Etat-Unis dans un cas récent bien réel dont ce film de fiction s’inspire sans doute un peu!
    Souhaitons que ce film soit vite traduit en anglais (si ce n’est déjà fait) pour que les nombreuses Nafissatou Diallo et ses amis puissent savourer ce film. Elles le méritent bien!

  4. Al dit :

    Vous avez raison Claude… ce film n’est pas mauvais du tout
    Il nous permet de retrouver deux artistes un temps perdus… Abel et Gérard…
    Depardieu et Ferrara…
    Car « Welcome to New York » est avant tout une oeuvre d’art sur cette chute que peut devenir la destinée humaine, et non pas l’ultime épisode d’un fait divers sordide… oui, bel et bien une révélation intime de la part de deux grands naufragés de l’anarchisme… deux addicts, deux boulimiques, deux enfants gâtés qui au contact des grands de ce monde… des puissants… se brûlent les ailes…
    Le sujet du film, c’est le dégoût… un dégoût de soi, du système, des proches aussi… un dégoût de la condition humaine…

    Alors, on a choisit de raconter l’affaire du Sofitel, mais cela est accessoire… Lorsque Devereaux (le personnage principal dans le film) parle… ça n’est pas DSK que l’on entend mais Abel Ferrara lui-même… et Gérard Depardieu…
    Un Gérard Depardieu qui donne une interview en préambule, et qui explique qu’il n’aime pas le personnage qu’il vient de jouer… qu’il l’a joué et non pas vécu… parce qu’il n’aime pas les gens qui prennent du plaisir en 6 minutes…(?!?)
    Grande première dans le cinéma… un acteur qui se dédouane, qui anticipe, dans une reconstitution d’interview docu-fiction, les reproches qu’on pourrait lui faire… incroyable, invraisemblable… Un vent qui nous vient des Etats-Unis d’Amérique… nous sentons après un premier avertissement écrit, la présence des avocats qui blindent le truc… et un Abel Ferrara qui jubile de son pied de nez, de sa trouvaille qui fera date dans l’histoire du cinéma…
    Sauf que comme toujours chez lui (tout comme chez Gérard Depardieu) le dégoût côtoie l’envie, le discours hésite entre la dénonciation et le mimétisme, et la blague tourne au dérisoire… car si le sujet véritable est le dégoût, si l’on essaie de dénoncer le cynisme des puissants, la folie de notre époque, l’absurdité de nos institutions… au final, tout baigne dans un relativisme pseudo-philosophico potache…
    Tout est pardonné à celui qui n’est pas dupe… telle serait la morale de ce film… Le monde est dégoûtant, soyons le magnifiquement…
    Abel Ferrara ne grandit pas, il ne parvient pas à sortir de ses contradictions…

    Pour Depardieu c’est un peu différent… lui, il est l’acteur… celui qui va vivre à la place des autres… celui qui se met à nu… celui qui montre et qui du coup ne fait plus partie du jeu, ne doit plus en respecter les règles…
    Il ne fait plus la différence entre la scène et la ville… il est un personnage au-dessus du reste… il Est… il faut le regarder être… il faut entendre sa vision du monde sans la prendre à la lettre… il y a tellement de niveaux de langage, tellement de degrés… il n’est plus vraiment un Homme, il pose au-dessus… Il peut dire tout et son contraire, ça n’a pas d’importance… Il aura toujours raison… puisqu’il Est l’objet de tous les regards… le totem… l’objet d’un culte qui sert au monde de pensée, de religion, de drogue, d’exutoire…
    – « Je prends sur moi tous les pêchés du monde », semble-t-il nous dire… « alors… foutez-moi la paix… merde!!! »

    Reste la polémique… l’antisémitisme d’un Abel Ferrara qui lancerait des rumeurs concernant le douteux enrichissement de la famille de « Simone » (c’est le nom de la femme qui paye pour sauver son mari)… c’est drôle d’entendre les réactions outrées des journalistes… c’est drôle de voir à quel point il ne savent pas réfléchir, à quel point ils sont fâchés avec le bon sens et la logique pure… à quel point également il ne savent plus ressentir une oeuvre et un auteur… car s’il est évident qu’Abel Ferrara est, et ce depuis toujours, un « misanthrope aimant », un passionné désabusé… il ne saurait être communautarisme… jamais… en rien… il travaille sur les failles humaines, sur les dérives, sur la chute et la fin…
    Et lorsque le supposé DSK accuse dans le film, sa femme d’être une sale carriériste, personne ne s’élève pour accuser Ferrara de misogynie… chacun voyant la réaction d’un personnage pris au piège de ses addictions, coincé entre la justice et son épouse millionnaire, cherchant à se dédouaner, à ne pas se laisser écraser… mais lorsque ce même personnage en rajoute en insinuant que tout le fric de sa femme pue la magouille, et que son père n’a pas toujours été très propre dans ses affaires… là, nous voyons tous les pères la pudeur qui se ruent pour crier au racisme…

    Qu’ils sont devenus sots nos critiques d’art!!! C’est pas croyable… ne savent-ils pas que toute immense fortune, alors qu’on meurt de faim au quatre coins du monde, est à la fois obscène et louche… toutes… sans exception… et que les deux personnages du film s’ils représentent DSK et Anne Sinclair, sont dans ce cas, tout deux juifs et que ce qui les sépare n’est pas leur religion ou leur « race »… mais bien une certaine vison du monde, une façon d’être et de juger:
    L’homme trouvant sa femme froide et hyper-adaptée au système, pleine de certitudes… alors que lui, celui que tout le monde accuse, ne se sentant pas du tout à sa place dans le rôle quelle veut lui faire jouer, se perd… Et qu’il trouve mille fois moins honteux d’être un accro au sexe que d’être une richissime carriériste bien pensante…

    Comment faire d’une scène sur la différence de sensibilité un acte antisémite???
    Passer à tel point à côté d’un film (qu’on l’apprécie ou non, là n’est pas le problème), ça frise le génie et ça illustre parfaitement le point de vue d’Abel Ferrara concernant la médiocrité de notre époque et confirme son regard désabusé…

    Welcome to New York est une illustration parfaite de l’équivoque qui hante, d’après son auteur, l’Humanité toute entière… placé entre dégoût et envie… entre justice et puissance… entre beauté et ignominie… un destin écrit depuis toujours qu’il nous faudrait juste accepter d’incarner…
    Welcome to New York, en fait, c’est la découverte, pour le héros, de la vie comme tragédie… c’est l’histoire d’une révélation… d’un être qui au plus bas atteint à la sagesse… et il ne s’agit plus aucunement de DSK pris dans son fait divers… ce DSK, le réalisateur l’a abandonné dès la moitié du film…

    Alors ce film n’est pas mal du tout mais l’on aimerait pour que l’époque ne vire pas au cauchemar, que le grand réalisateur qu’est Abel Ferrara sorte du purgatoire et nous parle de l’après apocalypse… et que le grand acteur qu’est Gérard Depardieu redescende sur Terre et cesse de se prendre pour la victime incomprise qui supporte toutes les contradictions du monde…
    On aimerait un monde dans lequel les gens de talent ne se vendent pas systématiquement aux puissants mais mettent au service de la collectivité leur savoir-faire… et qu’ils arrêtent avec leur nihilisme dandy et leur complexe de supériorité…

    La vie est un miracle et un combat… et je rêve du jour ou chacun arrêtera de jouer les mercenaires au service du plus offrant, pour choisir le camp du beau et du juste et du vrai… le camp de la vie…
    Qu’il s’appelle DSK, Sinclair, Depardieu ou Ferrara… afin que la destinée humaine ne soit jamais une chute mais une élévation…

  5. Joss Rovélas dit :

    Enfin deux acteurs, un metteur en scène et des producteurs courageux qui au lieu de se placer du côté d’un membre de leur classe élitiste ont choisi une autre voie celle des victimes pauvres ou/et sans réseaux d’influence.

    Curieux le silence de la Garde des Sceaux, du PS, de certaines associations féministes et « droits de l’hommistes » que l’on a pourtant entendues bruyamment durant la campagne de promotion du mariage-gay…

    Il faut croire que pour ces gens la voix des femmes violées par des personnages politiques et riches compte beaucoup moins que celle de mr DSK, Mme Sinclair et Mr Pierre Bergé…

  6. Depardieu est un bon acteur. Il a eu le courage de jouer DSK qui est un être bestial alors que Gérard est plutôt sympathique dans son genre. Claude Ribbe a fait une bonne présentation du film

  7. vecchioni dit :

    j’ai le souffle coupé à la lecture de telles horreurs , les mots me manquent…..

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