D’où vient le mot « béké » ?

Le mot « béké » désigne les 3000 descendants créoles (nés sur l’île) des colons esclavagistes de la Martinique.

Outre le fait qu’ils sont propriétaires d’une grande majorité des terres, qu’ils sont très influents sur les gouvernements français, que leur situation est beaucoup plus élevée que la moyenne, qu’ils se considèrent (à tort ou à raison) comme appartenant à l’aristocratie française (ce qui se matérialise le plus souvent par le port d’une ou plusieurs particules), le propre des Békés est d’une part l’attachement à avoir une descendance légitime à la peau blanche, ce qui est original sur une île où 90 % de la population n’est pas dans ce cas d’autre part l’affirmation de n’être pas racistes (malgré des exceptions parfois sanctionnées par la Justice).

Le paradoxe, c’est que la plupart des Békés de vieille souche ont des origines africaines puisque les premiers colons se reproduisaient volontiers avec leurs esclaves et que beaucoup de Békés ont des enfants illégitimes avec des Afro-descendants.

L’histoire des Békés de la Guadeloupe et de la Guyane est plus complexe, du fait de l’application de l’abolition de l’esclavage en 1794.

Celle des Békés de La Réunion donne lieu à des surprises puisqu’on retrouve parmi les plus illustres d’entre eux la famille Vergès, qui se dit anticolonialiste mais n’a rien à voir avec les Afro-descendants (tout en laissant parfois croire le contraire). Un film de François Truffaut, La sirène du Mississipi (1969) a pour héros un Béké de La Réunion, joué par Jean-Paul Belmondo, qu’on voit évoluer dans cet univers colonial très particulier.

L’origine du mot « béké » est très imprécise.

Plusieurs explications sont avancées :

1. Ce serait un terme africain désignant les Européens.

2. Une déformation de l’expression les « blancs des quais ».

3. Une expression propre aux premiers colons « Hé bé ké ? » au sens « Hé bien quoi ? »

4. Une altération de B.K. (Blanc Kréyol).

 

Une étude ethnologique très intéressante a été menée scientifiquement sur les Békés de années 60.

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5 Contributions

  1. Asuoha dit :

    En effet, je suis Ibo est le mot « béké » signifie « blanc ». Nous disons également « nwanbéké » ou « enfant de blanc »

  2. Rod Ving dit :

    À noter qu’en Jamaïque on utilise le terme de « bakra » en créole pour désigner les blancs, un mot qui se rapproche fortement de « béké ».

    • André Robinel dit :

      LA DIVERSITÉ MARTINIQUAISE :
      C’est une approche très intéressante, mais elle ne cible qu’une seule des composantes de l’identité martiniquaise: ce type d’approche est une erreur épistémologique, dans la mesure où l’identité martiniquaise n’est pas monolithique mais complexe .
      Aussi, toute étude trop ciblée modifie la validité des résultats :

      – Aujourd’hui, dans la définition de l’identité martiniquaise, on évacue la composante amérindienne avec l’expression « afro descendant », mais c’est aussi le cas pour les composantes diverses comme la composante hindoue, syrienne ou chinoise.

      j’apprécie beaucoup votre initiative, car elle permet d’inclure les békés dans cette définition en montrant leur identification afro descendante et afro amérindienne…

      Quand je pense que j’ai perdu mon emploi pour avoir voulu ajouter à la trilogie césairienne une composante amérindienne…

    • Max Dufrénot dit :

      Le mot béké vient des langues adja-éwé parlées sur la côte des esclaves.

      Au début de la traite, la majorité des esclaves venaient de cette côte; les maîtres, pour satisfaire leurs besoins, n’avaient appris que deux mots dont ils se servaient avec les femmes esclaves : « Soulève toi ! » et « Ecarte ! » (sous entendu les jambes). Ces deux mots ont donner me verbe koké qui signifie faire l’amour et le « blanc » est devenu aux yeux des esclaves celui qui dit « Ké ! » autrement dit celui qui dit (dire = verbe bé en adja éwé) « Ké ! »
      Les femmes disaient : « Amé ke be ke vana » (celui qui dit Ké ! vient) et il est devenu le Beke (le diseur de ke).

      Max Dufrénot, ancien professeur à la faculté de médecine du Togo

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