La malédiction de Cham

La malédiction de Cham est un mythe qui a servi, au 17e siècle, à tenter de justifier l’esclavage des Africains et le racisme par l’interprétation abusive d’un épisode de la Bible (Ancien Testament) qui suit le déluge.

L’histoire  telle qu’elle est rapportée par la Bible :

Noé plante de la vigne et, ayant voulu goûter son vin, s’endort nu et ivre mort sous sa tente.

Cham, le plus jeune des trois fils de Noé, entre dans la tente et découvre son père dans cette situation peu valorisante : ivre, impudique, inconscient. Il s’empresse d’aller raconter ce qu’il a vu à ses deux frères aînés, Sem et Japhet.

Sem et Japhet, par respect pour leur père qu’il n’ont pas envie de voir ainsi, entrent dans la tente à reculons et ils le protègent d’une couverture.

Lorsque Noé se réveille, il apprend que son cadet est entré dans sa tente et qu’il l’a vu.

Alors il se met en colère et maudit non pas Cham, mais l’un de ses fils, Canaan.

« Maudit soit Canaan ! Qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères ! »

Le texte ajoute que Canaan est également voué à être l’esclave de ses oncles (Sem et Japhet).

L’épisode de la malédiction de Canaan, qui ne fait aucune allusion à la couleur de peau des protagonistes, va être l’objet de nombreux commentaires liés aux traditions juives et musulmanes.

S’interrogeant surtout sur la nature de la faute de Cham, les commentateurs de la tradition juive en ont tiré des interprétations variées et parfois surprenantes:

1. Cham a tout simplement eu tort d’être indiscret, de ne pas recouvrir son père sans en parler à personne et sans se moquer de lui (sens littéral du texte).

2. Cham a couché avec sa mère.

3. Cham a eu une relation sexuelle avec son père.

4. Cham l’a castré.

Tous s’accordent sur le fait qu’en représailles Noé ait maudit non pas Cham mais Canaan et ses descendants.

Certains commentateurs isolés, dont il est difficile de savoir s’ils sont juifs ou musulmans, auraient tenté, avant le 15e siècle, de justifier l’esclavage des Africains et leur couleur par cet épisode. S’agissant des musulmans, ils n’avaient pas à justifier particulièrement l’esclavage des Africains dans a mesure où les musulmans ne se préoccupaient guère de la couleur de peau ni de l’origine de leurs esclaves – mais plutôt de leur religion.

Jusqu’au 17e siècle, aucun commentaire chrétien sur le texte biblique n’est en tout cas lié à la couleur de peau des Africains ou à l’esclavage.

Mais c’est en 1666, en Hollande, que la légende tirée de la Bible prend une tout autre tournure.

Sous l’influence du Français La Peyrère, qui a suggéré, dès 1655, que les hommes ne seraient pas tous de même origine, et que certains (des êtres inférieurs, des sous-humains, les préadamites) auraient été créés avant Adam, de nouveaux commentateurs, Horn, Hanneman, vont tenter de fonder la séparation de l’humanité en « races », dont l’une, devenue noire du fait de cette malédiction de Noé, serait condamnée à l’esclavage sur l’autorité de la Bible.

Il est plus qu’évident que cette interprétation, qui fait de la couleur sombre de la peau la tare d’une « race » maudite et qui coïncide avec la mise en route du système de la traite atlantique, était destinée à la justifier.

Malheureusement, l’utilisation de cette propagande a porté certaines personnes, qui n’ont jamais lu l’épisode de la Bible relatif à la malédiction de Canaan, à croire qu’il y est écrit que Noé aurait condamné Canaan et ses descendants à avoir la peau noire et à être esclaves.

Ces absurdités sont très souvent colportées et donnent lieu aux interprétations les plus variées qui ont toutes en commun de troubler les esprits. Tel était bien le propos des « exégètes » hollandais.

Pourquoi avoir la peau sombre serait plus une malédiction qu’avoir la peau claire ? Et pourquoi la teinte de la peau – claire ou sombre- pourrait justifier qu’un homme puisse être la propriété d’un autre homme ?

Rien, dans la Bible ni ailleurs, ne saurait légitimer ni le racisme, ni l’esclavage, encore moins l’esclavage fondé sur le racisme (qui s’est avéré être une spécificité occidentale).

Il est probable que l’intérêt du texte soit plus symbolique que littéral, pour montrer qu’un homme n’est véritablement un homme libre que lorsqu’il est parvenu à un degré de conscience assez élevé pour ne pas accorder une importance excessive à la sexualité ( et en particulier à celle de son père). La punition que la « malédiction » laisse entrevoir à Cham, c’est que son propre fils, Canaan, puisse se montrer aussi immature que lui dans la même situation.

Rien dans tout cela qui ne soit universel.

© Une Autre Histoire 2013

 

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3 Contributions

  1. Néfertiti dit :

    Très bon article. J’ai trouvé une analyse et des informations différentes de ce que j’ai déjà lu jusqu’à présent sur le sujet. Merci.

  2. Sanseu Epiphanie (@SEpiphanie) dit :

    Il faut savoir que toute interprétation de la Bible diffusée par les Occidentaux est d’abord une diversion afin de nous éloigner des véritables passages de ce livre qui pourraient attirer notre attention et nous amener à réfléchir sur la teneur réelle du message.

    Rien de ce qu’ils ont pu ou pourraient décrypter n’est divulgué; pis, cela est même gardé comme si c’était un secret d’Etat.

    La seconde chose qu’ils ont fort bien réussie, ces soi-disant exégètes ou commentateurs, c’est de faire croire que la Bible serait écrite à leur avantage et surtout pour eux, même si aucun passage ne l’est en réalité. Bien au contraire d’ailleurs.

    Il faut dire que la Providence (?) les y a aidés car quand nous ouvrions les yeux c’est eux qui la tenaient cette Bible à laquelle ils tentent vainement de faire dire ce qu’elle ne dit pas.

    Leur dernière réussite, de loin la plus grande, c’est d’avoir réussi à détourner tous les intellectuels africains ou afro-descendants de la Bible, en tant qu’objet et support d’analyse, comme on le ferait pour tout document énigmatique qui vous tombe sous la main.

    Tous n’ont-ils pas accepté que toutes leurs méthodes scientifiques d’analyse ne puissent s’appliquer à la Bible ?

    C’est pourquoi ont perduré tous les mensonges sur l’origine de la couleur sombre de la peau de ce peuple et toutes les méchancetés induites de ces mensonges et bien d’autres hérésies encore.

    Bref, tous les exégètes qui font autorité savent que si l’on veut parler de « race » à partir de la Bible, le premier passage, si ce n’est le seul, qui permette de l’entreprendre c’est : Genèse 25.23-26. Mais …

    Ce passage raconte la naissance de deux enfants: Ésaü et Jacob, mais aussi de deux peuples qui jamais plus ne se mélangeront dès lors qu’ils seront formés.

    Suivez rigoureusement ce que devient chacun de ces deux enfants et leur histoire à travers la Bible et vous saurez pourquoi certains préfèrent se trouver par dessus Jacob, Isaac et Abraham, une origine Ashkénaze pour eux et une origine préadamique pour les autres.

    Nous y reviendrons si bien sûr vous le permettez et surtout si Dieu le veut.

  3. Meryanne Loum-Martin dit :

    Et c’est sur cette base de cette prétendue justification biblique que des descendants de ces mêmes Hollandais ont construit le système d’apartheid.

    La Bible en main, les Eugène Terre-Blanche et autres ne citaient que Dieu comme fondement et origine de leur doctrine.

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