Lamine Gueye (1891-1968)

Amadou Lamine-Gueye est né à Médine (alors Soudan français et depuis Mali) dans une famille sénégalaise établie à Saint-Louis.

Après avoir enseigné à l’école William Ponty de Gorée, Lamine Gueye vient en France pour y poursuivre des études de droit.

L’obtention d’un doctorat fait de lui le premier Africain ayant obtenu une qualification de juriste en Europe.

D’abord avocat au Sénégal à partir de 1922, il adhère à la SFIO et est élu maire de Saint-louis en 1925.

À la suite de revers politiques qui ne lui permettent pas d’être élu à l’Assemblée nationale française  (il est battu par Blaise Digne et Galandou Diouf), il devient magistrat en 1931. Mais sans obtenir de poste en France (ce qui aurait amené un originaire des colonies à juger des métropolitains).

D’abord président de chambre correctionnelle à La Réunion – ce qui ne l’empêche pas de diriger le parti socialiste sénégalais à partir de 1935 – il est nommé conseiller à la cour d’Appel de la Martinique en 1937.

En 1940, il quitte la magistrature pour reprendre son cabinet d’avocat au Sénégal.

En 1945, Lamine Gueye est élu maire de Dakar et gardera ce mandat pendant 16 ans.

Fin 1946- début 1947, il est secrétaire-d’État d’un éphémère gouvernement Léon Blum.

Élu à l’Assemblée nationale en 1946, il s’y distingue en faisant voter le 7 mai 1946 une loi révolutionnaire (entrée en vigueur le 1er juin) qui porte son nom.

Cette loi Lamine Gueye, l’aboutissement des revendications égalitaires et assimilationnistes des députés africains, étendait la citoyenneté française à tous les habitants des colonies sans distinction de couleur, de religion ni de statut.

En 1948, Lamine Gueye revient en France. Il est nommé représentant de la France aux Nations Unies.

De retour au Sénégal en 1957, il est élu sénateur en France. Il sera ensuite, après l’indépendance, président de l’Assemblée nationale sénégalaise.

La loi Lamine Gueye.

Avant le 1er juin 1946, n’avaient qualité de citoyen français que les ressortissants de statut civil français, à savoir :

Les habitants de France métropolitaine.

Les habitants de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Réunion, de l’île Sainte-Marie ( Madagascar) et de Saint-Pierre et Miquelon.

Une partie des habitants de la Polynésie française.

Les habitants des communes sénégalaises de Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis.

Les anciens ressortissants des cinq « comptoirs » français de l’Inde : Chandernagor, Pondichéry, Mahé, Yanaon, Karikal.

Une partie des habitants de l’Algérie : les Français originaires de métropole, les bénéficiaires du décret Crémieux accordant en 1870 la nationalité française à 35 000 « indigènes israélites » (décret abrogé en 1940 et rétabli en 1943), les bénéficiaires de l’ordonnance de 1944 créant, de manière très  restrictive, la citoyenneté française personnelle (non transmissible).

La loi Lamine Gueye, inscrite dans la Constitution de 1946, n’entraîna par pour autant l’universalité immédiate du suffrage, sous prétexte de difficultés administratives liées à l’établissement de l’état civil.

Le lent processus engagé par la loi lamine Gueye était le retour de balancier de la colonisation engagée à partir de 1830 – suite à la perte de Saint-Domingue (Haïti) – avec la conquête de l’Algérie.

Il allait immanquablement aboutir d’une part à une immigration massive qui serait difficile à juguler, d’autre part à l’universalité du suffrage et, donc, à la prépondérance du vote des colonies dans la vie politique française. En ce sens il provoqua la décolonisation.

Une partie de la classe politique française ne pouvait en effet admettre l’idée d’une France « envahie » par les ressortissants des colonies et une assemblée nationale française dont la moitié au moins des députés seraient africains ou algériens.

Les opposants à cette évolution, rassemblés à partir de 1947 autour du RPF du général De Gaulle, eurent finalement gain de cause, ce qui entraîna la fin de la Quatrième république et une décolonisation jugée préférable à l’africanisation de la France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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