le commandant Mortenol (1859-1930)

Le futur commandant Mortenol est né à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) en 1859 dans une famille pauvre. Son père, esclave né en Afrique, n’avait été affranchi que onze ans plus tôt.

Brillant élève au séminaire-collège diocésain de Basse-Terre,  Camille Mortenol est remarqué par Victor Schoelcher qui lui obtient une bourse afin de poursuivre des études secondaires à Bordeaux, au lycée Montaigne.

En 1880, Camille Mortenol est facilement reçu à l’École polytechnique. C’est l’un des premiers Antillais (après Perrinon) à entrer dans cette école.

Une légende veut que le président Mac-Mahon, connu pour ses gaffes, ait visité l’école. Ayant demandé à voir le « nègre » (ainsi nomme-t-on le meilleur élève de la promotion), on lui aurait désigné Mortenol. Et Mac-Mahon, embarrassé, aurait lancé : « Ah, c’est vous le nègre ? Eh bien continuez ! »

Si l’anecdote est vraie – ce qui reste à démontrer- il serait difficile que cette visite ait pu avoir lieu alors que Mac Mahon était président de la République puisque, ayant démissionné en 1879, il avait été remplacé par Jules Grévy au moment où Mortenol était élève à Polytechnique.

Sorti de Polytechnique en 1882, Mortenol choisit de faire carrière comme officier de Marine.

De ce fait, dans un contexte d’expansion coloniale,  Mortenol, en 1894, sous les ordres de Galliéni, participe à la conquête de Madagascar où il se heurte à une résistance inattendue de l’armée malgache. Il intervient également au Gabon et en Extrême-Orient.

Au moment où la Grande guerre se déclenche, Mortenol, malgré sa qualité de polytechnicien et plus de 30 ans de services, est toujours capitaine de vaisseau (un grade équivalent à celui de colonel dans l’armée de Terre). Polytechnicien et toujours colonel à l’âge de 54 ans, alors qu’il aurait dû être amiral depuis longtemps.

Comment expliquer cet avancement médiocre : le préjugé de couleur ou un comportement trop favorable aux indigènes qu’aurait pu avoir Mortenol à l’occasion de ses campagnes coloniales ? Peut-être les deux.

En 1915, Galliéni, gouverneur militaire de Paris, fait appel à Mortenol, qu’il avait eu sous ses ordres à Madagascar, et lui confie la défense antiaérienne de Paris.

Dans ces fonctions, installant des projecteurs de forte puissance, Mortenol joua un rôle essentiel pour contenir les raids de bombardement aérien allemands qui avaient commencé sur la capitale dès l’été 1914 et qui auraient pu se développer dangereusement avec les progrès de l’aéronautique.

Mortenol prit sa retraite à la fin de la guerre avec le grade de colonel d’artillerie de réserve.

La dernière partie de sa vie, moins connue, n’est pas sans intérêt, car il semble que Mortenol, jusqu’à sa mort, en 1930, ait profité des loisirs que lui procurait sa retraite pour s’impliquer très activement dans les mouvements antiracistes, voire anticolonialistes, qui se développèrent à Paris pendant l’entre-deux-guerres, notamment autour de Lamine Senghor.

On peut expliquer ce revirement ou cette radicalisation, même si Mortenol resta toujours assimilationniste, par une prise de conscience tardive du rôle qu’il avait joué dans l’expansion coloniale de la Troisième république et peut-être aussi par le constat que sa carrière avait certainement été freinée par les préjugés racistes d’une hiérarchie qui ne lui a pas permis d’accéder au grade d’amiral auquel il pouvait légitimement prétendre.

Il repose au cimetière de Vaugirard, division 5, au n°320 de la rue Lecourbe à Paris.

 

 

 

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4 Contributions

  1. Louis Dessout dit :

    Nos brillants historiens devraient élucider le » mystère » qui permit à un fils d’affranchis guadeloupéens, donc non familiarisé avec le maniement des armes -sabre, fleuret, épée, pistolet- de passer brillamment cette épreuve éliminatoire au concours d’entrée à Polytechnique, la plus prestigieuse école militaire française d’officiers . L’identification à Bordeaux de son maître d’armes et ses relations avec Schoelcher, seraientt , certainement édifiantes et utiles à notre compréhension de son passage de l’obstacle où il était attendu. Et qu’il surmonta aisément, à la surprise générale. Les premiers étudiants guadeloupéens, formés par les » hussards noirs de la République », se reconnaissent en lui . Ils fréquentent son domicile parisien, dans les années 1920. Selon certains témoignages, il leur indique comment décrypter les codes de la bourgeoisie et déjouer les pièges et obstacles tendus par les xénophobes et racistes. Si bien que Monnerville avec d’autres Antillo-Guyanais, institue, chaque année , le 1er novembre, suivant son décès,à travers les cimetières parisiens, un parcours du souvenir et de reconnaissance,sur la tombe des acteurs de la lutte pour la promotion et de la libération des minorités opprimées (de couleur et juive). Quête qui,depuis 1949, s’achève au Panthéon autour de Félix Éboué et Victor Schoelcher.

  2. Monlouis dit :

    Merci de nous faire découvrir tant d’histoires cachées !

  3. De 1909 à 1917, Sosthène Héliédore Camille MORTENOL, à terre, commanda les importantes fortifications navales de Brest, assurant les fonctions de Contre-Amiral :
    – Chef de la 2ème section de la Préfecture de Brest,
    – Chef des Services Maritimes et de la Défense Fixe de Brest.
    – Chef des Services Maritimes et de la Défense de la Place de Brest.
    MORTENOL ne commanda jamais en chef un navire du premier rang et termina sa carrière avec le grade de Capitaine de Vaisseau, grade qui précède les étoiles d’ Amiral. « Pourquoi ne les a-t-il pas reçues, malgré l’avis favorable de plusieurs de ses chefs » ?- s’interroge Gaston MONNERVILLE dans sa brochure « TEMOIGNAGES »;
    Extraits d’une plaquette réalisée par le Comité Guadeloupéen du Souvenir du Commandant Mortenol.

  4. Joss Rovélas dit :

    Encore un vaillant soldat d’élite trop peu connu.

    Ses exploits sont à la mesure d’une formation intellectuelle pluridisciplinaire obtenue à l’X dès le 19e siècle.

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