Les Békés de la Martinique

Les Békés de la Martinique (qui préfèrent se désigner entre eux comme « blancs créoles ») forment un groupe très fermé d’environ 3000 descendants d’esclavagistes de l’île pratiquant généralement l’endogamie (ou évitant les mariages avec les descendants d’esclaves) et dominant très largement l’économie de la Martinique et de la Guadeloupe.

Même si les Békés de la Martinique rappellent volontiers que certains d’entre eux n’appartiennent qu’à la classe moyenne, l’ensemble du groupe, ne représentant que 1 % de la population, contrôlerait, en Martinique : 30 % des entreprises de pus de 20 salariés, 52% des terres agricoles, 40% de la grande distribution, 50% du commerce d’importation alimentaire, 90% de l’industrie agro-alimentaire; en Guadeloupe : 16 % des entreprises de plus de 10 salariés.

Malgré des noms qui ont fréquemment une apparence nobiliaire, les origines des Békés sont diverses (du fait de nombreuses unions des premiers colons avec des Afro-descendantes, de l’immigration de juifs hollandais, de la déportation de prostituées) et généralement roturières, nonobstant une politique d’anoblissement pratiquée par Louis XIV pour encourager l’esclavage.

Les Békés de la Martinique, ne pouvant accéder au pouvoir électif local ni à la représentation parlementaire, du fait des préjugés, réels ou supposés, qui leur sont prêtés par la population, et de leur petit nombre, jouent néanmoins un rôle certain lors des élections locales et exercent une très forte influence sur le pouvoir exécutif français (gauche-droite confondues) ainsi que sur les institutions européennes à travers des structures de lobbying telles qu’Action Europe. Leur contrôle s’exerce également de manière sur la vie culturelle et associative aussi bien aux Antilles qu’en France hexagonale.

Les Békés de la Martinique, dont les ancêtres ont touché l’équivalent de plusieurs milliards d’euros de réparations après l’abolition de l’esclavage en 1848, sont particulièrement attentifs à la politique mémorielle et aux revendications portées par certains groupes réclamant des réparations pour les descendants d’esclaves (qui, eux, n’ont pas été indemnisés), voire une réforme agraire.

À la date de commémoration du 10 mai (journée fixée en 2006 en application de la loi Taubira) ils préfèrent celle du 23 mai, défendue par une association qui leur est favorable, et soutiennent un projet de fondation pour la « réconciliation » et la « résilience » autour de l’idée de « créolité », à laquelle ils sont très attachés. Le président François Hollande, le 10 mai 2016, a confié la préfiguration de cette fondation au banquier d’affaires Lionel Zinsou.

Le rôle des Békés et leur comportement ont été évoqués, pour ce qui est des années 60, dans une étude ethnologique d’Édith Kovats-Beaudoux et plus récemment dans Les derniers maîtres de la Martinique, un reportage de Romain Bolzinger diffusé le 6 février 2009 sur Canal +  où un Béké de premier plan, Alain Huyghues Despointes, faisait l’apologie de l’esclavage, du racisme et de l’eugénisme, ce qui a donné lieu à des poursuites, mais à aucune condamnation. Huyghes Despointes se félicitait que les Békés aient « préservé la race [blanche] » en Martinique, exprimant tout haut ce que d’autres Békés – mais par forcément tous – pensent certainement.

Les derniers Maîtres de la Martinique, reportage de Martin Bolzinger

 

 

 

 

 

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