Les Békés des années 60 vus par une ethnologue

Le sujet est absolument tabou en France.

L’ouvrage est peu connu mais fondamental, Les blancs créoles de la Martinique (éditions L’Harmattan) écrit par l’ethnologue Edith Kovats-Beaudoux.

Suite à une enquête de terrain effectuée en 1965-1966, l’auteure a radiographié de manière scientifique, selon les méthodes de l’ethnologie (ordinairement appliquées aux « primitifs ») le monde très fermé de la minorité martiniquaise (1% de la population) dont la particularité, outre la richesse et le fait de descendre directement des colons esclavagistes des 17e et 18e siècles, est de ne se reproduire – en tout cas dans le cadre légal du mariage – qu’en fonction du préjugé de la pureté « raciale » : les Békés.

Edith Kovats-Beaudoux a pu réaliser une enquête très objective et très documentée du fait qu’elle n’avait aucune attache avec la société coloniale et que ses origines hongroises la mettaient à l’abri de toute méfiance de la part de ceux qu’elle étudiait et qui l’accueillirent très chaleureusement comme une des « leurs » (en apparence) allant jusqu’à oublier ou à minimiser ce qu’elle était venue faire.

Le livre qui en ressort est littéralement terrifiant par sa description d’un monde dont le seul fondement semble être le racisme et la névrose.

Ce qui inquiète également à la lecture de cet ouvrage, c’est la manière dont l’élite des Afro-descendants semble s’accommoder d’une situation présentée comme humiliante.

Il convient de rappeler qu’à l’époque de l’enquête, Aimé Césaire était le chef incontesté de la Martinique.

Quelques extraits :

« Pour la majorité des hommes créoles, la femme blanche symbolise la réserve sexuelle, la discipline, le refus du plaisir, tandis que la femme noire représente la liberté sexuelle, la promiscuité et plaisir charnels. Cette dernière est « lascive, immorale et accessible » et la blanc s’arroge un droit sur elle »

« le blanc est tourmenté par le mythe de la virilité du noir qu’il a lui-même créé et nombreuses sont les allusions fabuleuses que nous avons entendues concernant les dimensions de l’organe sexuel ou les prouesses des noirs. »

p 137

« On évite autant que possible de recevoir des gens de couleur chez soi,  surtout si des femmes blanches sont à la maison »

« Un noir « bien élevé » s’abstiendra d’inviter une créole à danser car il sait que cette démarche est mal vue par les « blancs »

p147

Cette étude correspond à la société béké martiniquaise des années soixante.

On ose espérer que les choses ont quelque peu évolué au XXIe siècle même s’il ne semble pas que les Békés aient pris la voie du métissage qui seule pourrait démontrer le changement.

 

 

 

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17 Contributions

  1. Nicolas dit :

    https://www.youtube.com/watch?v=GWWH__mKfOQ
    à voir pour ceux qui n’ont pas eu la chance de regarder ce documentaire excellent sur les békés martiniquais

  2. Kay dit :

    Où peut-on trouver cette étude svp ?

    • Une Autre Histoire dit :

      Le livre n’est pas épuisé : on peut le trouver (ou le commander) dans les librairies ou sur les sites web de commande d’ouvrages

  3. Siss dit :

    Que les Martiniquais arrêtent de se trouver des excuses à tout bout de champ ! Si la situation n’a pas changé, ce n’est pas de la faute de l’Etat, ni de Taubira. C’est la faute des Martiniquais eux-mêmes qui vivent dans une situation de dépendance économique.

    Les békés sont à la tête de l’économie martiniquaise (agroalimentaire, BTP, transport, grande distribution), par conséquent ils peuvent faire la pluie et le beau temps dans ce pays. Les Martiniquais s’en sont accommodé parce que ce sont les premiers créateurs d’emplois après l’Etat.

    Mais comme le dit l’article, ce n’est qu’1% de la population, donc la résistance ne peut se faire que sur le terrain de la consommation. Mais là encore, même si une résistance pouvait s’organiser, elle ne tiendrait pas puisqu’elle ferait du tort aux salariés. La Martinique et les békés, c’est l’histoire d’Ourobouros

  4. Alvinalone dit :

    Ce qui me chagrine le plus, c’est la passivité des Antillais vis à vis des Békés. Au final, les choses n’ont guère changé. Ce sont toujours les mêmes qui sont en bas de l’échelle tandis que les héritiers des esclavagistes ont conservé leur confort et leurs préjugés.

    Quand donc les Antillais se réveilleront-ils ?

    • Pascal Rosier dit :

      Certains békés n’eurent rien à envier aux nazis mais en revanche les nazis auraient sans doute eu beaucoup à envier à ces békés-là.
      En effet, les békés esclavagistes et criminels n’ont jamais fait l’objet de procès ni de traque pour payer leurs crimes.
      Leurs descendants sont fiers de leurs origines alors que les descendants des nazis ont honte de leurs ancêtres. Ils évoluent en toute impunité tout en conservant leur idéologie alors que le nazisme est interdit et traqué en Allemagne.
      Vraiment, les nazis dans leurs tombes doivent se dire: « Ah ces sacrés békés, quels chanceux ! »

    • Rasta Man dit :

      Le jour où ils comprendront qu’Aimé Césaire les a vendus, ils feront un pas vers la liberté mais je crois qu’ils aiment bien cette situation

    • HED dit :

      Jamais ça ne changera. A moins qu’ils fassent une énorme thérapie, qui prendra du temps, et qui les amènera a acquérir une vraie conscience politique et à choisir la voie de l’indépendance : ciao la France !

  5. Ben Busser dit :

    Oui, je peux témoigner que le « blanc » se conduisait en maitre absolu : mon ex femme du nom de L., nom qu’elle a eu de sa mère puisque son vrai père avait refusé de lui donner son nom, est originaire du François. Le père a abandonné et la mère et l’enfant des la naissance car pour lui c’était une « mulâtresse » et c’était honteux pour un Béké, de reconnaitre un enfant « de couleur » conçu hors mariage .
    Les Békés se conduisaient en maitres absolus et il était fréquent que l’administration française déclare leurs enfants illégitimes pupilles de la Nation. A la mort de sa mère, mon ex-femme a été adoptée par son demi-frère béké, un ancien militaire qui a eu un comportement indigne. Il a abusé de sa demi-sœur alors qu’elle était mineure. J’ai gardé ce secret pendant 43 ans.

  6. Caribean Joe dit :

    Dire que la Martinique a vécu l’apartheid est une insulte à ceux qui l’ont vraiment vécu en Afrique du Sud.

    • DADA dit :

      Ah bon ? Le dire serait une insulte? Et pourquoi donc? Pouvez-vous nous redéfinir ce qu’est l’apartheid s’il vous plaît, que l’on voie si l’on peut comparer.

      De plus, l’esclavage c’était bien dans les îles d’Amériques et les milliers de morts aussi.

      Les époques furent différentes mais les répercussions sont les mêmes; et alors que l’Afrique du sud est indépendante avec un gouvernement formé aujourd’hui de noirs et une reconnaissance de L’ANC, nous restons département (colonie) français (e).

      Nous sommes un cas unique au monde.

    • Joss Rovélas dit :

      Non seulement ils sont partisans du suprémacisme blanc colonisateur (blanchitude) mais ils bénéficient du soutien au moins tacite de l’Etat français, y compris avec le gouvernement Hollande-Ayrault. Gouvernement dans lequel Mme Christiane Taubira n’a jamais entrepris aucune action judiciaire du parquet afin de faire condamner ceux d’entre eux qui tiennent de propos ou commettent des actes racistes.

      Les exemples sont innombrables. Ils sont quotidiens. Les plus spectaculaires manifestations de racisme négrophobe de ces dernières années sont celles des familles Hayot et Despointes.

  7. Joss Rovélas dit :

    Eh oui : dans l’Outre-mer français, dans les Caraïbes, en Martinique notamment, c’est l’apartheid !

    Un apartheid institutionnel, c’est à dire pleinement structuré par le système étatique français. La gauche disputant à la droite les meilleures prouesses pro-coloniales, pro-békés, et allant parfois plus loin dans la consolidation de l’édifice discriminatoire négrophobe des descendants des maîtres-esclavagistes blancs.

    • Grégoire dit :

      Je suis né en Martinique en 1947 de parents « mulâtres ». Souvent, nous les enfants étions vus par les autres comme des Békés. Pour autant notre grand-père maternel était noir comme du charbon ainsi que la soeur de notre mère, née a Rivière-Pilote, et, dans mes souvenirs, nous les enfants (moi et mes 4 frères et soeurs) avons connu un racisme martiniquais de couleur.

      Pour autant nous l’aimons notre île à laquelle tous les 5 nous fumes enlevés en 1956 à notre mère sans son consentement par l’administration française. Notre bataille pour la retrouver dura 36 ans et demi. Mais elle s’était déjà éteinte sans savoir que nous étions vivants. Il lui avait été dit que ses 3 garçons étaient morts dans un accident.

  8. De Rochais dit :

    Oui, il existe bien une caste, ici, qui pratique l’apartheid !

  9. Meryanne Loum-Martin dit :

    Les Békés semblent avoir la même mentalité que les Afrikaners à la pire époque de l’apartheid. En plus ils sont souvent issus de beaucoup de consanguinité j’imagine.

    J’espère que vous aurez beaucoup de documentation sur les exactions, les crimes, notamment dès qu’un ouvrier agricole tentait de monter un syndicat ou faisait quoi que ce soit qui dénonce des pratiques d’esclavagistes au 20ème siècle. Et aussi les chantages, les pressions sur les avocats, les procès truqués, etc.

    De sinistres individus pour beaucoup.

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