L’indemnisation des esclavagistes français

Si l’abolition de l’esclavage votée le 4 février 1794 par la Convention ne prévoyait aucune indemnisation pour les colons esclavagistes, il n’en alla pas de même lorsque la France fut contrainte de reconnaître l’indépendance d’Haïti, en 1825, ni après la seconde abolition dans les colonies françaises esclavagistes – rendue nécessaire après le rétablissement de l’esclavage par Napoléon en mai 1802.

En 1825, la France reconnut la jeune république d’Haïti et lui extorqua, sous la menace d’une invasion, une indemnité de 150 millions, réduite par la suite à 90 millions. Ces sommes furent réparties entre les anciens propriétaires de plantations esclavagistes et les dédommagèrent non seulement de leurs terres, mais aussi des esclaves qui s’y trouvaient (une propriété sucrière ne valait rien sans les esclaves qui y travaillaient). La répartition de l’indemnité s’est faite de manière tout à fait officielle après un travail administratif minutieux  effectué à Paris pour reconstituer le cadastre. La liste des propriétaires esclavagistes, ainsi que la liste des sommes perçues, est connue. Elle a même a été publiée vers 1835.

Suivant le même principe, l’abolition du 27 avril 1848 précisait dans son  article 5 :

« L’Assemblée nationale réglera la quotité de l’indemnité qui devra être accordée aux colons ».  Cette quotité fut réglée par la loi d’indemnisation des colons du 30 avril 1849 qui vota, pour rembourser aux colons de la perte de 247 810 esclaves, la somme de 123 784 426 F (comparable à l’indemnité qu’on dû verser les Haïtiens).

L’équivalent de 4,4 milliards d’euros si l’on prend comme principe qu’un salaire annuel de 18 000 € correspond à 500 F or (salaire annuel d’un domestique vers 1850).

Des décrets vinrent répartir les sommes entre les territoires concernés.

Les esclavagistes de La Réunion reçurent 711 F par esclave (60 651 esclaves)

Ceux de Guyane 624 F (12 525 esclaves)

Ceux de la Guadeloupe 469 F (87 087 esclaves)

Ceux de la Martinique 425 F (74 447 esclaves)

Ceux du Sénégal 225 F (9800 esclaves)

Ceux de Nossi-Bé et Sainte-Marie 69 F (3300 esclaves)

 

Pour donner un exemple bien connu : à La Réunion, Marie-Hermelinde Million des Marquets (ancêtre de la famille Vergès) toucha, pour 121 esclaves affranchis 86 031 F or. L’équivalent de 3 millions d’euros.

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6 Contributions

  1. Joss Rovélas dit :

    Tous ceux qui, dans l’Occident impérialiste, sont coupables du méga-crime multiséculaire contre l’Afrique et les Africains (dont la France, en très bonne place) ne peuvent plus prétendre refuser des réparations aux descendants des victimes.

    Que tous les nègres et les négresses de case qui épaulent les descendants des bourreaux dans leur dénigrement des Réparations pour les A.D.A se taisent à tout jamais !

    Pour les héritiers des bourreaux qui ont perpétré l’injustice, l’heure de l’addition est arrivée !

  2. Marie dit :

    Une histoire qui fait honte. Je comprends pourquoi on a vite fait de décréter une journée (10 mai) pour commémorer cette monstruosité de la nature humaine.
    Nous étions (sommes ?) des monstres, des horreurs. Ou du moins, nos ancêtres.
    A vomir.
    Parler de toute cette histoire dans la transparence et sans tabou, permettra au peuple français et au monde (surtout les nations qui ont eu à pratiquer ce commerce), d’avancer et d’avoir des rapports sereins.

  3. Frantz Pierre Victor dit :

    Il faut dire que l’esclavage a été une forme brutale, sauvage et barbare du capitalisme naissant.

    Les pays européens esclavagistes ne pouvaient pas accepter de leur point de vue de négriers qu’Haïti soit indépendante.

    C’était le risque de perdre ce commerce si lucratif qui les rapportait tant d’argent. Et aussi un mauvais précédent pour les pays avoisinants.

    Sanctions et blocus s’imposaient.

    Sous des pressions qui venaient des pays européens esclavagistes de l’époque, Haïti a dû payer (rapports de force obligent).

  4. Renaud dit :

    Des esclaves au Sénégal et à Madagascar ? Et pourquoi ces grandes différences de prix entre la valeur d’un homme à La Réunion ou en Martinique ?

    • Ben Ivel dit :

      La valorisation des esclaves correspondait à leur valeur patrimoniale. Un esclave au Sénégal était moins cher du fait qu’il n’avait pas eu à être transporté. La mortalité associée au transport augmentait aussi la valeur de ces esclaves. Le faible prix de l’esclave à Madagascar voulait dire que ce dernier était local et moins « productif ».

  5. Philippe dit :

    La pratique esclavage montre le niveau humain de l’époque.
    Les anciens esclaves ont préféré payer après avoir gagné la bataille de leur indépendance.
    La somme versée devait permettre a l’humanité tout entière de respecter le statut de nation dont venait se doter Haïti. L’argent, pour les Haïtiens, était bien moins important que La liberté.

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