Madame Hamelin (1776-1851)

Madame Hamelin, une féministe du Directoire, devançant les Femen de plus de deux siècles, descendit seins nus les Champs-Élysées pour affirmer sa liberté de femme et d’Afro-descendante.

Elle est généralement citée en qualité d’amie de Joséphine de Beauharnais et sous son nom d’épouse : Madame Hamelin.

Fortunée Lormier Lagrave, « femme de couleur », comme on disait, naquit en Haïti en 1776. Son prénom dit assez qu’elle n’était pas dans la misère.

Elle se distingua à Paris à l’époque du Directoire par sa beauté, son élégance, ses excentricités provocatrices, notamment vestimentaires, et surtout par son esprit très vif qui provoqua l’admiration générale et fit tourner la tête à toutes les célébrités masculines de cette époque.

Elle fut l’exemple même de celles qu’on appelait les Merveilleuses.

Elle eut à souffrir du racisme.

Alors qu’elle était extrêmement jolie, un diplomate autrichien la décrira ainsi :

« Elle est petite, noire, avec une grosse tête, un nez de nègre… »

En juillet 1797, elle fit une apparition remarquée sur les Champs Elysées, dont la presse rendit compte :

« Deux jeunes femmes descendent d’un joli cabriolet, l’une mise décemment, l’autre les bras et la gorge nus, avec une seule jupe de gaze sur un pantalon couleur de chair. Elles n’ont pas fait deux pas qu’elles sont entourées et pressées. La femme à demi-nue est insultée, l’un tire sa jupe, l’autre la regarde sous le nez; un troisième lui fait un mauvais compliment. Enfin, comme nous sommes très pudibonds, personne ne put voir sans indignation l’indécente tournure de cette dame de la « nouvelle France ». Un honnête homme lui offrit son bras pour la tirer de la foule et la reconduire à sa voiture où l’on ne voulait pas la laisser monter. Il fallut invoquer la force publique; et le cabriolet partit au bruit des huées des spectateurs. »

Lorsqu’elle apparaissait dans un bal, c’était un événement : les invités se bousculaient et grimpaient sur les chaises pour mieux la voir danser.

Madame Hamelin avait énormément d’esprit et ses traits étaient répétés dans tout Paris.

Une exemple :

« S’il vous arrive quelque chose d’heureux, allez le raconter à vos amis, afin de jouir de leur peine ! »

Malgré son mariage avec Romain Hamelin, et son apparence candide, sa liberté sexuelle la fit surnommer « le plus grand polisson de France ».

Sa liaison la plus tapageuse fut son aventure avec le séduisant général François Fournier Sarlovèze (qui inspira à Joseph Conrad une nouvelle adaptée au cinéma par Ridley Scott sous le titre Les Duellistes).

On a dit que Fortunée Hamelin aurait été utilisée comme espionne par son plus célèbre admirateur, Napoléon Bonaparte.

Fortunée Hamelin est immortalisée dans la splendeur de ses vingt ans par un magnifique portrait d’Andréa Appiani conservé à Paris au musée Carnavalet.

Le somptueux hôtel Bourienne (propriété privée) qui fut sa maison à Paris, et où elle donna des fêtes retentissantes, se visite sur rendez-vous (58 rue d’Hauteville, 10e arrondissement).

Depuis 1851, Fortunée Hamelin repose au cimetière du père Lachaise (11e division).

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