Pourquoi dans la presse française « un noir » prend-il une majuscule ?

Dans la presse et l’édition française, la majuscule est très fréquente, pour ne pas dire systématique lorsque le mot « noir » est employé non pas comme un adjectif, mais comme un substantif.

Ainsi le journal Le Monde ou le journal Libération – des quotidiens qui se veulent pourtant des organes de « gauche » – écrivent-il encore en 2014 « un Noir » avec une majuscule et non pas « un noir » avec une minuscule.

Lorsqu’on interroge les responsables, ils s’abritent derrière un usage qu’imposeraient les correcteurs (ceux qui corrigent, avant impression, les fautes d’orthographe des journalistes).

Quelle est la règle grammaticale ? Si l’on se réfère à l’ouvrage qui fait autorité en matière de langue française Le bon usage de Grévisse, dans sa dernière édition (et non pas évidemment dans une édition des années 30…) la majuscule ne s’impose nullement pour le substantif « noir » désignant une personne. Nombreux sont les cas, dans la presse et l’édition, où les auteurs -antiracistes- exigent et imposent la minuscule.

En effet, la majuscule n’est de règle que lorsqu’un adjectif substantivé désigne une personne en fonction de sa nation (un Français, un Japonais), de son continent (un Africain), de sa ville (un Lyonnais, un Londonien).

Il va de soi que l’adjectif noir employé substantivement ne désigne pas une personne en fonction de sa nation, de son continent ou de sa ville, mais de la couleur de sa peau et que, -dès lors- la minuscule serait préférable, sauf à considérer que la couleur de la peau d’un  individu le ferait d’emblée appartenir à un groupe.

Dire qu’un individu appartient à un groupe par la seule couleur de sa peau, c’est la définition même du racisme.

Et c’est ce choix inquiétant que semblent avoir fait – consciemment ou non – la presse et d’une partie de l’édition française.

Autrement dit : la presse et l’édition française écrivent un « noir » avec une majuscule parce qu’ils considèrent que les « races » existent et que l’appartenance à la « race noire » justifie la majuscule.

On pourrait penser qu’il s’agit là d’un archaïsme.

Toutefois, les mêmes journaux Le Monde ou Libération prennent bien garde de ne pas mettre de majuscule à l’adjectif « juif » employé substantivement. Un « juif » est toujours écrit avec une minuscule.

Et il faut s’en réjouir.  Le fait de considérer que les juifs formeraient une « race » ramènerait à l’idéologie nazie.

En fait, tout se passe comme si la presse française considérait implicitement qu’un juif est une personne ayant peut être quelque chose à voir avec la religion juive mais que, cette personne appartenant à la « race » blanche, il serait raciste de faire des distinctions au sein d’une même « race » tandis qu’un « noir » – de toute évidence- appartient à la « race » noire et qu’il n’y a rien de raciste à le désigner ainsi. D’où la majuscule.

La question ne se pose pas pour écrire « un jaune ». Encore moins « un Jaune » !

Car il ne viendrait à l’idée de personne dans un pays comme la France d’écrire que le Premier ministre du Japon ou le président chinois est « un jaune ». Encore moins « un Jaune » !

Mais pour « un noir », fût-il président des États-Unis, les choses apparemment sont bien différentes. Non, pour Le Monde et Libération, en 2014, Obama est, de toute évidence, non seulement « un noir », mais bien plus :

« un Noir » !

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2 Contributions

  1. Rolande Décombes dit :

    Il est clair que pour tous ces gens il existe une « essence noire » qui ne saurait se confondre avec l’essence humaine.

  2. LaCec dit :

    Merci. Analyse très claire.

    Il est évident que tous ces gens (et pas que dans la presse) ont en tête la « race » (qu’ils en soient conscients ou non) et pas la simple description de la « couleur de peau » des gens qu’ils décrivent.

    Sinon, d’une, il l’utiliseraient pour décrire tout le monde (et pas seulement les « noirs ») et, de deux, ils utiliseraient des adjectifs variés correspondant vraiment aux couleurs de peau. « brun foncé », « brun », brun clair », « beige », beige clair », « rose ». Il y a de quoi faire, sans tomber dans les travers des théoriciens dont vous nous rappelez les oeuvres régulièrement, ou tout simplement des planteurs et autres négriers qui ont inventé toutes sortes de désignations non-descriptives mais conceptuelles et donc politiques. Comme le concept de « race ».

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