Rousseau était-il raciste ?

Jean-Jacques Rousseau, qui a beaucoup péroré sur l’Antiquité, n’a jamais écrit une ligne pour dénoncer l’esclavage pratiqué par les Européens, ses contemporains.

Il a pourtant écrit un chapitre entier du Contrat social sur l’esclavage. Mais il n’y est question que d’hommes. Pas de nègres.

Peut-être ce silence est-il encore plus inquiétant encore que les sarcasmes racistes et décomplexés de Voltaire.

En revanche, nous avons un témoignage sur l’humour de Rousseau. Ce témoignage vient d’un contemporain, Mercier, qui, lui, ne s’est pas privé de dénoncer l’esclavage dès 1771 dans L’an 2440, où il en prévoyait avec jubilation l’abolition.

Voici ce que dit Mercier :

Un jour, j’accompagnais Jean-Jacques Rousseau le long des quais: il vit un nègre qui portait un sac de charbon; il se prit à rire, et me dit:

« Cet homme est bien à sa place, et il n’aura pas la peine de se débarbouiller; il est à sa place;oh! si les autres y étaient aussi bien que lui!

Et je le vis rire encore, et suivre de l’oeil le nègre charbonnier. »

Louis-Sébastien Mercier (1740-1814) Le tableau de Paris.

Rousseau n’a pas eu la moindre compassion pour l’homme qui portait un fardeau. Il n’a vu que le nègre qui n’aurait pas à se débarbouiller le soir comme les bougnats ordinaires.

Probablement, pour Rousseau, les esclaves, comme le nègre charbonnier, étaient-ils « bien à leur place ».

Le plus probable c’est que Rousseau s’est tu car il doutait que les nègres, sauvages par nature, fussent des hommes, en tout cas des hommes accomplis.

Il exécute une jolie pirouette en 1750, dans ses réponses aux objections à son Discours sur les sciences et les arts :

« Si j’étais chef de quelqu’un des peuples de la Nigritie, je déclare que je ferais élever sur la frontière du pays une potence où je ferais pendre sans rémission le premier Européen qui oserait y pénétrer, et le premier citoyen qui tenterait d’en sortir. »

Il est bien clair que les habitants de la « Nigritie » et les Européens n’ont pas grand chose en commun et que le mieux pour les uns et les autres, c’est de ne pas se mélanger.

Le fait qu’ils ne se mélangent pas évitait au philosophe d’avoir à prendre parti sur la question de l’esclavage des Africains et de déplaire à ses lecteurs.

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