Toussaint Louverture (1743-1803)

Toussaint Louverture est né esclave en 1743 sur l’habitation Bréda au Haut du Cap français dans la partie française de Saint-Domingue (aujourd’hui république d’Haïti).

Dans ce domaine, propriété du comte de Noé, Toussaint occupe des fonctions de confiance – cocher et palefrenier – et bénéficie de la protection de l’homme qui gère la plantation en l’absence du propriétaire : Bayon de Libertat.

Toussaint est affranchi autour de 1770 et prend le nom de son habitation : Bréda.

Il arrivait fréquemment qu’on laisse aux esclaves les plus doués – et faisant parfois ds affaires avec le géreur – assez d’autonomie pour qu’ils puissent gagner de quoi payer (à leur maître) le prix (fort) de leur affranchissement.

Quelques années plus tard, grâce à sa connaissance des chevaux et de la médecine, l’affranchi, cavalier émérite, a acquis une incroyable aisance. Il appris à lire et à écrire et fait l’acquisition d’une petite plantation produisant du café sur laquelle se trouvent une dizaine d’esclaves.

Malgré cette réussite matérielle, Toussaint Bréda prend une part active à l’insurrection antiesclavagiste d’août 1791 qui fait suite à la cérémonie du Bois Caïman.

Au printemps 1793, Toussaint, à la tête d’une petite armée de 4000 révoltés entraînés et disciplinés, accepte la proposition des Espagnols – qui occupent la partie orientale de l’île  et sont en conflit avec la jeune République française- de se joindre à eux. Il devient lieutenant-général et prend le nom de Louverture.

Les révolutionnaires français, pour la plupart, tout en prônant le changement et en proclamant les droits de l’homme, n’avaient aucune intention d’abolir l’esclavage puisqu’ils considéraient que les esclaves n’appartenaient pas au genre humain.

Les années 1789, 1790 et 1791 furent les prospères du siècle pour les négriers avec un afflux massif d’Africains à Saint-Domingue, d’où l’insurrection.

Dans ces conditions, Toussaint n’avait aucune raison tactique de refuser l’offre des Espagnols qui accordaient leur protection aux révoltés.

À cette époque, Toussaint, qu’on a parfois appelé le Chouan de Saint-Domingue, et qui s’est toujours montré bon catholique, prend clairement le parti d’un ancien régime qu’il voudrait abolitionniste contre les négriers de la Révolution.

L’abolition étant enfin proclamée à Paris, sous la pression des esclaves insurgés, Toussaint se rallie finalement à la République française, ce qui entraîne la capitulation des Espagnols qui renoncent à leur partie de l’île en 1795.

Le 23 juillet 1795, Toussaint est nommé général de brigade dans l’armée française. En mars 1796, il est promu général de division et lieutenant gouverneur de la colonie sous les ordres de Lavaux, l’un des représentants de la République.

En 1797, Toussaint, ayant réussi à se débarrasser habilement de Lavaux et de Sonthonax, les deux émissaires de la France, est de fait le maître d’une bonne partie de l’île.

En août 1798, il obtient la capitulation des Britanniques qui occupaient l’Ouest et mène la guerre contre un rival indigène que les Français ont dressés contre lui, le général Rigaud, qui occupe encore le sud.

Toussaint triomphe de Rigaud en juillet 1800. Et pour commémorer l’abolition de l’esclavage, le 4 février 1801, il envahit la partie espagnole de l’ile, qui était française depuis 1795, mais seulement sur le papier.

Le 8 juillet 1801, sans s’occuper de Paris, il proclame une constitution.

C’en est trop pour le nouveau maître de la France, Bonaparte, un raciste invétéré qui a décidé de rétablir l’esclavage et d’abattre Louverture.

Ayant fait la paix avec l’Angleterre en octobre 1801, Bonaparte envoie une armée de près de 20000 hommes, commandée par son beau-frère le général Leclerc, qui se présente le jour anniversaire de l’abolition (4 février 1802).

Toussaint fait ouvrir le feu sans hésiter. Les Français remportent des victoires, mais au prix de très lourdes pertes.

Toussaint, pratiquant une tactique de terre brûlée, négocie une capitulation avantageuse le 6 mai 1802.

Mais il est enlevé par traîtrise le 7 juin 1802 et déporté en France avec sa famille.

S’il n’est pas abattu sur place, c’est que Bonaparte le croit propriétaire d’un trésor de 15 millions.

Toussaint est secrètement enfermé au fort de Joux. Caffarelli l’interroge pendant une semaine pour savoir où il cache sa fortune. Menaces, humiliations.

Peine perdue. Alors Bonaparte fait envoyer un homme sûr, Amiot, pour en finir. Les aérations du cachot glacial où l’Haïtien est enfermé sont barricadées. L’hypothèse du poison n’est pas à exclure (les vomissements sont avérés). Toussaint succombe le 7 avril 1803.

Le capitaine Colomier, en garnison à Pontarlier, et présent lors de la découverte du cadavre, refuse de délivrer à Amiot, le bourreau de Bonaparte, un certificat attestant que Toussaint est mort de mort naturelle. Il assurera que Toussaint n’était plus nourri.

Pour une partie des historiens français, le héros haïtien serait mort de froid, pour d’autres à cause du « mal du pays ».

Mais si l’on prend en compte les dires horrifiés de Colomier (rapportés par l’historien haïtien Thomas Madiou) et le témoignage de prisonniers qui ont succédé à Toussaint dans sa cellule en juillet 1803, et en particulier celui d’Étienne-Louis Michel (lettre du 22 octobre 1803 publiée en 1885 dans Les déportation du consulat et de l’Empire) la mort de Toussaint est bien un assassinat. Peu importent les moyens utilisés.

À Saint-Domingue, tous les Afro-descendants s’unissent contre les esclavagistes et reprennent la lutte. Malgré une tentative atroce d’extermination de la population civile en utilisant les gaz, la noyade et les chiens dressés, le corps expéditionnaire français est écrasé le 19 novembre 1803 à Vertières et doit rembarquer après avoir signé une capitulation humiliante.

La République d’Haïti est proclamée le 1er janvier 1804.

Plus tard, Amédée de Noé, regrettant certainement le geste de son aïeul qui avait affranchi Toussaint, publia, sous le pseudonyme ironique de « Cham » (le fils de Noé négrifié par suite de malédiction selon certains commentateurs de la Bible), des caricatures systématiquement racistes, visant notamment – mais pas seulement – Alexandre Dumas. Pour sa part, Toussaint fut systématiquement représenté sur les gravures imprimées de son vivant à Paris avec un visage de singe.

Dumas vu par Cham

Dumas vu par « Cham » (Amédée de Noé) …

Placide Louverture, fils de Toussaint, fut recueilli à Agen, avec le reste de la famille Louverture, par la soeur du chevalier de Saint-George, et s’installa à Astaffort (Lot-et-Garonne) ayant épousé Joséphine de Lacaze.

 

Les ascendants, les collatéraux et les descendants de Toussaint Louverture

Pierre-Dominique Toussaint, puis Toussaint à Breda, et finalement Toussaint Louverture, est le fils de l’Africain Gaou Guinou II (baptisé Hippolyte en esclavage, mort en 1804) lui-même fils cadet de Gaou Guinou I, roi des Aradas.

Le prince Gaou Guinou II (Hippolyte) avait été capturé par des négriers et déporté à Saint-Domingue avec sa première femme, Affiba (princesse des Aguia, rebaptisée Catherine en esclavage)et deux enfants : Augustin et Geneviève.

C’est d’une seconde femme, elle aussi Arada, Pauline, qu’est issu Toussaint.

Geneviève, demi-sœur de Toussaint, eut douze enfants d’un colon, Chancy.

Toussaint avait trois frères : Jean, Paul et Pierre et quatre sœurs : Marie-Paule, Marie-Noël, Catherine et Marie-Jeanne. Cette dernière, mariée au colonel Claude Martin, a probablement des descendants en France.

La postérité légitime de Toussaint Louverture

Toussaint Louverture a eu trois fils légitimes.

Isaac (1786-1854) et Saint-Jean (1791-1804) n’ont pas eu de postérité

La descendance légitime se limite aux Français issus de Placide Louverture (né avant le mariage de Toussaint et légitimé ensuite) et de son épouse Joséphine de Lacaze.

Leurs enfants :

 

– Armand Louverture (pas de descendance)

– Roze-Zora Louverture (1823-1900) mariée en 1848 à Auguste Lavergne

 

Les enfants de Rose-Zora Louverture épouse Lavergne

Gabrielle Lavergne mariée en 1864 à M. Fontus

Pauline Alice Lavergne mariée en 1865 à M. Ferriol de Lamothe

 

Des Lavergne- Fontus sont issus :

Jeanne épouse Sabardu

Jérôme Fontus

Marthe Fontus

 

Des Ferriol de Lamothe sont issus :

Marie-Joséphine, épouse Beynier.

Les descendants légitimes de Toussaint Louverture sont donc à chercher dans trois familles françaises encore présentes dans le Lot-et-Garonne (région d’Agen et d’Asttafort): les Sabardu, les Fontus et les Beynier.

 

Les descendants naturels de Toussaint Louverture

 

Il s’agit principalement des enfants de Jean-Pierre Louverture, fils de Toussaint né avant son mariage.

 

Principales sources :

général Nemours : Histoire de la famille et de la descendance de Toussaint Louverture, Port-au-Prince, 1943

Luc Dorsinville : Généalogie Louverturienne, in Le National, 1943

Bulletin 90 de la GHC, 1997 (Jacques de Cauna)

 

 

 

 

 

 

 

 

Ecrit par

3 Contributions

  1. VINCENT dit :

    Il faut parler, raconter, encore et encore. Nous ne savons rien…

  2. Paul Boliscar dit :

    Comme Mandela, Toussaint a oeuvré pour une nation où blancs et noirs coexisteraient dans la liberté. Mais il était trop en avance sur son époque.

  3. Joss Rovélas dit :

    Napoléon Bonaparte n’a jamais supporté que lui-même et son armée soient défaits par une troupe de nègres dirigée par un ancien esclave : Toussaint Louverture.

    Napoléon, représentant de l’élite de la Blanchitude qui se prétend supérieure, est en fait l’exemple même de ces individus spirituellement et culturellement inférieurs à ceux qu’ils prétendent dominer.

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